Niveau A1 · Leçon 13

La veillée des armes

Don Quichotte veille ses armes dans la cour de l’auberge, casse deux têtes et en ressort armé chevalier.

Gravure de Gustave Doré : un chevalier monte la garde la nuit à côté de son armure posée sur une auge de pierre, sous la pleine lune.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Dans ce texte, presque personne n’aime rien : les choses plaisent à quelqu’un. C’est ton « ça me plaît », mot pour mot. Regarde l’ordre des mots : d’abord me, te ou le, et le verbe derrière.

L’histoire en espagnol facile

Don Quijote quiere ser caballero esta misma noche. Antes tiene que velar sus armas.

Don Quichotte veut être chevalier cette nuit même. Avant, il doit veiller ses armes.

Pone la armadura encima de una pila de agua, en el corral.

Il pose son armure sur un abreuvoir, dans la cour.

Al ventero no le gusta nada la idea, pero calla.

L’idée ne plaît pas du tout à l’aubergiste, mais il se tait.

A medianoche un arriero aparta la armadura: quiere agua para sus mulas.

À minuit, un muletier écarte l’armure : il veut de l’eau pour ses mules.

«A mí no me gustan los ladrones», grita don Quijote, y le golpea la cabeza.

« Les voleurs ne me plaisent pas », crie don Quichotte, et il lui assène un coup sur la tête.

Llega un segundo arriero. «¿Te gusta mi lanza?», pregunta el caballero.

Un deuxième muletier arrive. « Ma lance te plaît ? », demande le chevalier.

A los compañeros les gusta poco el espectáculo y tiran piedras.

Le spectacle plaît peu à leurs compagnons, et ils lancent des pierres.

El ventero abre su libro de la paja y la cebada con cara de sacerdote.

L’aubergiste ouvre son livre de la paille et de l’orge avec une tête de prêtre.

Lee unas palabras y da dos golpes en el hombro.

Il lit quelques mots et donne deux coups sur l’épaule.

Una moza le pone la espada en el cinturón. Ya es caballero andante.

Une des filles lui attache l’épée à la ceinture. Le voilà chevalier errant.

A don Quijote le gusta mucho la ceremonia. Al ventero le gusta más el final.

La cérémonie plaît beaucoup à don Quichotte. La fin plaît encore plus à l’aubergiste.

Vocabulaire

L’auberge la nuit

el corral
la cour
la pila
l’abreuvoir
la paja
la paille
la cebada
l’orge
el arriero
le muletier
la mula
la mule

La cérémonie

velar
veiller (toute la nuit)
el hombro
l’épaule
el cinturón
la ceinture
el golpe
le coup
largo / larga
long, longue

Combien : les adverbes de quantité

mucho
beaucoup
bastante
assez
poco
peu
nada
pas du tout

GUSTAR et les pronoms me / te / le

Al ventero no le gusta nada la idea.

¿Te gusta mi lanza?

A don Quijote le gusta mucho la ceremonia.

Gustar ne veut pas dire aimer. Il veut dire plaire. Et tu as déjà ce verbe, avec la même mécanique : ça me plaît. Là où un anglophone doit retourner sa phrase entière, toi tu n’as qu’à choisir le bon des deux verbes que tu possèdes.

Me gustan los libros, ce n’est pas « j’aime les livres » mot pour mot. C’est les livres me plaisent : les livres sont le sujet et font l’action, la personne ne fait que la recevoir.

EspagnolMot pour motFrançais courant
Me gusta el libro.Le livre me plaît.J’aime ce livre.
Me gustan los libros.Les livres me plaisent.J’aime les livres.
Te gusta la lanza.La lance te plaît.Tu aimes la lance.
Le gusta la ceremonia.La cérémonie lui plaît.Il ou elle aime la cérémonie.

Le verbe n’a donc en pratique que deux formes, comme tes plaît et plaisent : gusta pour une chose, gustan pour plusieurs. Et devant un autre verbe, toujours gusta : Me gusta leer.

Voici la seule vraie différence, et elle revient à chaque phrase. Quand la personne est nommée, le français choisit : on dit la cérémonie plaît à don Quichotte, et le pronom disparaît. L’espagnol, lui, garde les deux : A don Quijote le gusta la ceremonia. Le pronom ne tombe jamais, même quand la personne est déjà là, écrite en toutes lettres devant. Et pour insister on ajoute a mí, a ti au début, sans supprimer me ni te : A mí no me gustan los ladrones.

La quantité se place derrière le verbe : me gusta mucho / bastante / poco, et pour rien du tout, no me gusta nada.

Comment on armait un homme chevalier

La vraie cérémonie avait trois parties : un bain, une nuit entière debout à côté de ses armes dans une chapelle, et au matin l’espaldarazo, deux coups d’épée sur l’épaule donnés par un autre chevalier ou par le roi.

Don Quichotte n’a pas de chapelle : il a la cour d’une auberge. Pas d’autel : il a l’abreuvoir où boivent les mules. Pas de roi : il a un aubergiste gros qui veut s’en débarrasser. Et le livre sacré dont l’aubergiste lit les paroles solennelles est le registre de la paille et de l’orge qu’il vend.

En 1605, cette cérémonie ne se pratiquait plus en Espagne depuis plus de cent ans. Cervantes ne montre pas la plaisanterie du doigt et n’en rit pas : il l’écrit avec le plus grand sérieux et passe à la suite.

Cervantes dans le texte · «velase las armas en un corral grande que a un lado…»

velase las armas en un corral grande que a un lado de la venta estaba

that he should keep watch over his armour in a large yard at one side of the inn

Trois mots de cette leçon sont là : armas, corral et venta. Velase est une forme ancienne du verbe velar. Cervantes place le verbe à la fin, comme le faisait le latin.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.