Niveau A1 · Leçon 12

Le château aux quatre tours

À la fin de l’après-midi, une auberge apparaît sur la route. C’est une maison pauvre, mais don Quichotte y voit quatre tours d’argent.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte en armure à cheval, la lance levée, entouré d’une foule de villageois et de femmes dans la cour d’une auberge.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Presque toutes les phrases du texte ont deux moitiés tenues par un mot court : y, ni, o, pero. Ce sont tes et, ni, ou, mais, au même endroit et avec le même sens. Un seul des quatre te tendra un piège.

L’histoire en espagnol facile

Primero don Quijote camina todo el día. Va de un lado a otro, pero no hay aventuras.

D’abord, don Quichotte chemine toute la journée. Il va d’un endroit à l’autre, mais il n’y a pas d’aventures.

El caballero no come ni bebe desde la mañana. Rocinante también está cansado.

Le chevalier ne mange ni ne boit depuis le matin. Rossinante aussi est fatigué.

Luego, al final de la tarde, ve una casa en el camino.

Ensuite, à la fin de l’après-midi, il voit une maison sur la route.

Es una venta: no es un castillo, pero él ve cuatro torres de plata.

C’est une auberge : ce n’est pas un château, mais lui y voit quatre tours d’argent.

Espera delante de la puerta. ¿Sale un enano con una trompeta o no sale nadie?

Il attend devant la porte. Un nain va-t-il sortir avec une trompette, ou personne ne sortira-t-il ?

Un porquero toca un cuerno para sus cerdos y el caballero está contento.

Un porcher sonne de la corne pour ses cochons, et le chevalier est ravi.

Para él la señal es del castillo, y entra muy serio.

Pour lui, le signal vient du château, et il entre très solennellement.

En la puerta hay dos mujeres. Una es alta y la otra es baja.

À la porte, il y a deux femmes. L’une est grande et l’autre est petite.

Don Quijote saluda a las dos mujeres como grandes damas, pero ellas se ríen.

Don Quichotte salue les deux femmes comme de grandes dames, mais elles éclatent de rire.

Después llega el ventero. Es gordo y tranquilo, pero no es un señor de castillo.

Puis arrive l’aubergiste. Il est gros et tranquille, mais ce n’est pas un seigneur de château.

Vocabulaire

L’auberge

la venta
l’auberge
el ventero
l’aubergiste
la torre
la tour
la plata
l’argent (le métal)

À la porte

el enano
le nain
la trompeta
la trompette
el porquero
le porcher
el cuerno
la corne, le cor
la señal
le signal
saludar
saluer
reírse
rire

Mettre les événements en ordre

primero
d’abord
luego
puis, alors
después
ensuite, puis
al final
à la fin, finalement

Relier des phrases : y, ni, o, pero

Es una venta: no es un castillo, pero él ve cuatro torres de plata.

El caballero no come ni bebe desde la mañana.

¿Sale un enano con una trompeta o no sale nadie?

Quatre mots, quatre métiers, et ce sont les tiens :

motce qu’il faitexemple
y : etajouteEs gordo y tranquilo.
ni : niajoute dans une négationNo come ni bebe.
o : ouchoisit¿Sale un enano o no sale nadie?
pero : maisopposeEs una venta, pero él ve un castillo.

Le piège est dans ni, et il n’est pas où tu crois. Le sens ne te surprendra pas, tu dis déjà « il ne mange ni ne boit ». Ce qui change, c’est ce qui l’accompagne : le français garde son ne, l’espagnol met no devant le verbe et rien d’autre. No come ni bebe. On peut aussi doubler ni devant, comme chez toi : Ni el ama ni la sobrina saben nada, et dans ce cas le no disparaît complètement.

Deux changements de son que le français ne connaît pas. Y devient e devant un mot qui commence par i- ou hi-, pour que deux sons i ne se cognent pas : castillos e historias, padre e hijo. Et o devient u devant o- ou ho- : siete u ocho. Ton et ne bouge jamais, quoi qu’il y ait derrière ; celui-ci, si.

Uno… otro. Pour opposer deux éléments d’un même couple : Una es alta y la otra es baja. C’est ton l’une… l’autre, avec l’accord en genre : uno / una, el otro / la otra.

Ordonner le récit. Primero (d’abord), luego (puis), después (ensuite), al final (à la fin). Ils se placent presque toujours en tête de phrase, avec une virgule si la phrase continue. Quatre mots, et une liste d’événements devient une histoire.

Ce qu’était une venta

Une venta n’était pas une auberge de ville, et encore moins un hôtel. C’était une maison isolée au milieu du chemin, à une journée de voyage de la précédente, avec une cour pour les bêtes, un puits, une cuisine à une seule marmite et une grande salle où l’on dormait par terre, sur la paille, entre muletiers. On mangeait ce qu’il y avait. Les aubergistes avaient mauvaise réputation, et ils la méritaient en général.

Don Quichotte arrive dans une de ces maisons après une journée entière de soleil, et il voit quatre tours d’argent, un pont-levis et un fossé. Il ne ment pas : il lit. Dans ses livres, le chevalier qui atteint un château à la tombée du jour est accueilli par un nain à la trompette, et il y a ici un porcher avec une corne. La scène coïncide suffisamment.

C’est le moteur de tout le roman : non pas le monde contre un fou, mais deux versions du même endroit, bâties l’une et l’autre avec les mêmes pierres. Cervantes décrit l’auberge sobrement, laisse don Quichotte décrire le château, et ne te dit jamais quel paragraphe croire.

Cervantes dans le texte · «Estaban acaso a la puerta dos mujeres mozas…»

Estaban acaso a la puerta dos mujeres mozas, destas que llaman del partido

and at the door stood two young women, of the sort they call women of the road

Mozas del partido est l’euphémisme de l’époque pour « prostituées ». Don Quichotte les appelle vuestras mercedes, la formule réservée aux grandes dames : la plaisanterie est là, et la tendresse aussi. Remarque destas : Cervantes écrit de estas en un seul mot, comme on le prononçait.