Niveau A1 · Leçon 14

Les conseils de l’aubergiste

L’aubergiste donne au chevalier fraîchement adoubé le conseil le plus pratique de tout le livre : de l’argent et des chemises propres.

Gravure de Gustave Doré : l’aubergiste arme don Quichotte chevalier avec son épée pendant que des femmes lui bouclent l’éperon.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Presque tout ce que dit l’aubergiste est un ordre : lleva, pon, haz, busca, sal. Don Quichotte, lui, le vouvoie, et les formes changent : dígame, créame. Le usted espagnol, c’est ton vouvoiement, au mot près — sauf qu’il se conjugue à la troisième personne.

L’histoire en espagnol facile

Ya es de día y don Quijote sale al corral con su espada nueva.

Il fait jour, et don Quichotte sort dans la cour avec son épée neuve.

El ventero quiere perder a este huésped y por eso le da consejos prácticos.

L’aubergiste veut se débarrasser de cet hôte, alors il lui donne des conseils pratiques.

«Escucha bien, señor caballero: lleva siempre dinero, camisas y ropa limpia.»

« Écoute bien, seigneur chevalier : emporte toujours de l’argent, des chemises et des vêtements propres. »

«Pon el dinero en las alforjas y ciérralas bien. Haz una bolsa para las medicinas.»

« Mets l’argent dans tes besaces et ferme-les bien. Fais un petit sac pour les médicaments. »

«Y busca un escudero con un burro para tus armas.»

« Et trouve-toi un écuyer avec un âne pour tes armes. »

Don Quijote responde con mucho respeto: «Dígame, señor del castillo.

Don Quichotte répond avec beaucoup de respect : « Dites-moi, seigneur du château. »

¿Los caballeros de los libros llevan dinero?»

« Les chevaliers des livres emportent-ils de l’argent ? »

«Los libros no lo dicen todo. Créame usted», contesta el ventero.

« Les livres ne disent pas tout. Croyez-moi », répond l’aubergiste.

«Di siempre la verdad, sé valiente y sal ahora de mi castillo.»

« Dis toujours la vérité, sois courageux, et maintenant sors de mon château. »

Don Quijote sube a Rocinante y va hacia su pueblo sin pagar nada.

Don Quichotte monte sur Rossinante et prend la route de son village sans payer un sou.

Vocabulaire

Le bagage du chevalier

las alforjas
les besaces
la bolsa
le sac, la bourse
la camisa
la chemise
la ropa
les vêtements
la medicina
le médicament
el dinero
l’argent

Les gens de la route

el escudero
l’écuyer
el burro
l’âne
el huésped
l’hôte, le voyageur logé

Les mots du conseil

el consejo
le conseil
limpio / limpia
propre
el respeto
le respect

L’impératif affirmatif : tú et usted

Lleva siempre dinero.

Pon el dinero en las alforjas y ciérralas bien.

Dígame, señor del castillo.

Pour tutoyer, l’espagnol prend la forme de él/ella du présent, et c’est tout : él llevalleva, él comecome, él escribeescribe.

Pour vouvoyer, la voyelle finale bascule du côté opposé : les verbes en -ar finissent en -e, ceux en -er et -ir en -a.

Infinitifusted
llevar (emporter)llevalleve
beber (boire)bebebeba
escribir (écrire)escribeescriba

Sept verbes très courants ont, au tutoiement, une forme courte d’une seule syllabe. Elles s’apprennent par cœur :

Infinitifusted
decir (dire)didiga
hacer (faire)hazhaga
poner (mettre)ponponga
salir (sortir)salsalga
tener (avoir)tentenga
venir (venir)venvenga
ser (être)sea

Un mot sur usted, parce que ce n’est pas tout à fait ton vous : il se conjugue à la troisième personne du singulier, comme si tu disais « que Monsieur me dise ». Et pour vouvoyer plusieurs personnes, c’est ustedes avec la forme de ellos : digan. Ton vous de politesse a donc deux formes espagnoles, pas une.

Là où le français te fait un cadeau : lui aussi colle le pronom derrière l’impératif affirmatif. Dis-le-moi, ferme-les. L’espagnol fait la même chose, en plus serré : pas de trait d’union, tout se soude en un seul mot, cierra + lasciérralas, diga + medígame.

Et là où il te trahit : l’ordre des deux pronoms est inversé. Le français dit la chose d’abord, la personne ensuite : dis-le-moi, donne-le-moi. L’espagnol fait l’inverse, la personne d’abord et la chose après : dímelo, dámelo. Mot à mot, « dis-moi-le ».

Dernière chose : en soudant le pronom, le mot s’allonge, et il faut souvent écrire un accent pour que l’accent tonique ne bouge pas de place : cierraciérralas.

L’argent, les chemises et les besaces

L’aubergiste donne le conseil le plus sensé du livre, et il vient de celui dont on l’attendait le moins. Dans les romans de chevalerie, les héros ne paient jamais leur gîte et ne lavent pas leur linge : l’auteur regarde ailleurs. Cervantes, non.

Qui voyageait pour de bon à travers la Castille emportait ses alforjas : deux sacs de toile jetés sur la bête, un de chaque côté. Dedans allaient le pain, le fromage, une chemise de rechange et une bourse de pièces, cousue dans la doublure à cause des voleurs. Sur ces chemins il n’y avait ni banques, ni lettres de crédit, et presque pas de loi.

Deux chapitres plus loin, don Quichotte rencontrera Sancho Panza, et les besaces de Sancho deviendront l’un des personnages les plus importants du roman.

Cervantes dans le texte · «una cosa tan clara y tan necesaria de traerse como…»

una cosa tan clara y tan necesaria de traerse como eran dineros y camisas limpias

a thing as plain and as necessary to carry as money and clean shirts

C’est le conseil de l’aubergiste, ce que les romans de chevalerie passent sous silence. Tu reconnais dineros, camisas et limpias. Aujourd’hui on dirait dinero, au singulier.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.