C1 · Première partie, chapitre 7

Sancho Pança entre dans l’histoire : un brave homme avec peu de sel

Sancho arrive en un seul paragraphe, décrit avant d’être nommé, et la description est une plaisanterie qui pique au sujet de la pauvreté. Cette unité porte sur les promesses rapportées qui le décident, sur les expressions toutes faites du village, et sur le mot ínsula, que Sancho poursuivra jusqu’à la fin du livre.

Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit

Miguel de Cervantes, Première partie, chapitre 7. Sans adaptation.

En este tiempo, solicitó don Quijote a un labrador vecino suyo, hombre de bien —si es que este título se puede dar al que es pobre—, pero de muy poca sal en la mollera. En resolución, tanto le dijo, tanto le persuadió y prometió, que el pobre villano se determinó de salirse con él y servirle de escudero. Decíale, entre otras cosas, don Quijote que se dispusiese a ir con él de buena gana, porque tal vez le podía suceder aventura que ganase, en quítame allá esas pajas, alguna ínsula, y le dejase a él por gobernador della. Con estas promesas y otras tales, Sancho Panza, que así se llamaba el labrador, dejó su mujer y hijos y asentó por escudero de su vecino.

En ce temps-là, don Quichotte entreprit un laboureur de ses voisins, homme de bien, si l’on peut donner ce titre à qui est pauvre, mais avec très peu de sel dans la cervelle. Bref, il lui en dit tant, le persuada tant et lui promit tant que le pauvre paysan se décida à partir avec lui et à le servir comme écuyer. Entre autres choses, don Quichotte lui disait de venir de bon cœur, parce qu’il pourrait lui arriver une aventure où il gagnerait, en un tournemain, quelque île, et l’y laisserait comme gouverneur. Avec ces promesses et d’autres semblables, Sancho Pança, car tel était le nom du laboureur, laissa sa femme et ses enfants et s’engagea comme écuyer de son voisin.

La même chose en espagnol d’aujourd’hui

Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.

Por entonces, don Quijote convenció a un labrador vecino suyo, hombre de bien, si es que se le puede llamar así a un pobre, pero con muy pocas luces. En resumen, tanto le dijo, tanto le insistió y tanto le prometió que el pobre campesino decidió irse con él y servirle de escudero. Entre otras cosas, don Quijote le decía que se animara a acompañarle, porque en cualquier momento podía ocurrirle una aventura en la que ganara, en un abrir y cerrar de ojos, alguna isla, y lo dejara a él de gobernador. Con estas promesas y otras parecidas, Sancho Panza, que así se llamaba el labrador, dejó a su mujer y a sus hijos y entró a servir como escudero de su vecino.

Ce qui a changé, forme par forme

Dans le texteAujourd’huiPourquoi ça compte
solicitóconvenció, tentóSolicitar au sens de travailler quelqu’un au corps, de le convaincre. Aujourd’hui le mot veut dire faire une demande.
de muy poca sal en la molleracon muy pocas lucesLe sel, c’était l’esprit, et la mollera le sommet du crâne. L’expression se comprend encore.
se determinó de salirsedecidió irseDeterminarse de, là où aujourd’hui on dit determinarse a, ou simplement decidir.
que se dispusieseque se animaraUne demande rapportée à l’imparfait du subjonctif, ce qui est encore la règle du discours indirect.
en quítame allá esas pajasen un abrir y cerrar de ojosLe temps de dire ôte-moi ces pailles. Survit dans por un quítame allá esas pajas, pour un rien.
ínsulaislaLe mot des livres de chevalerie. Personne ne le disait en 1605, et Sancho ne cessera plus de le dire.
asentó por escuderoentró a servir como escuderoAsentar por, s’engager comme, de la langue de l’embauche des domestiques et des soldats.
dejó su mujer y hijosdejó a su mujer y a sus hijosPas de a devant les personnes, et un seul possessif pour deux noms.

La syntaxe

Le paragraphe est construit autour d’un narrateur qui ne cesse de s’interrompre. La première phrase s’arrête pour mettre en doute ses propres mots, si es que este título se puede dar al que es pobre, et le nom de Sancho Pança n’arrive qu’à la fin, dans une relative glissée dans la dernière phrase. Entre les deux, tout ce que dit don Quichotte est rapporté et non cité : que se dispusiese, que ganase, que le dejase. Tu apprends ce que valaient les promesses sans en entendre une seule.

Ce qu’entend un lecteur espagnol

Hombre de bien, si es que este título se puede dar al que es pobre. L’aparté est une plaisanterie sur une société où l’honneur allait avec l’argent, si bien qu’appeler un pauvre homme de bien demandait une excuse, et le narrateur joue les innocents. Remarque aussi à quel prix on achète Sancho. Une île, promise dans une expression qui veut dire en un rien de temps, et il laisse sa femme et ses enfants. Le livre passera mille pages à payer cette phrase.

Là où le cours t’y prépare