Niveau A1 · Leçon 1
Le gentilhomme de la Manche
Un homme de cinquante ans, tranquille et pauvre, avec une vieille maison et des livres dangereux.

Ce que tu sauras faire
- Décrire une personne avec le verbe ser.
- Dire si un mot espagnol est masculin ou féminin, et accorder tout ce qui l’entoure.
- Distinguer tú de usted, et savoir lequel tu emploierais.
Avant de lire
Le verbe ser est dans presque toutes les phrases ci-dessous : es, son. Ne l’étudie pas encore, contente-toi de le remarquer. Remarque aussi que les adjectifs changent de terminaison, en -o, en -a, en -s. Cela ressemble à l’accord français, et c’est bien de cela qu’il s’agit. La différence est qu’en espagnol on l’entend : viejo et vieja ne sonnent pas pareil, alors que vieux et vieille te viennent tout seuls et que le -s du pluriel, en français, ne s’entend pas du tout.L’histoire en espagnol facile
En un pueblo de la Mancha vive un hidalgo pobre. Su nombre es Alonso Quijano.
Dans un village de la Manche vit un pauvre gentilhomme. Il s’appelle Alonso Quijano.
Alonso Quijano es alto y delgado. Su cara es seca y su cuerpo es fuerte.
Alonso Quijano est grand et mince. Il a le visage sec et le corps solide.
No es joven: es un hombre de unos cincuenta años.
Il n’est pas jeune : c’est un homme d’une cinquantaine d’années.
Es tranquilo, serio y muy amable, pero también es un poco extraño.
Il est calme, sérieux et très aimable, mais il est aussi un peu étrange.
Su casa es vieja, sus armas son antiguas y su caballo es flaco.
Sa maison est vieille, ses armes sont anciennes et son cheval est maigre.
El perro es rápido y bueno para la caza. Pero el hidalgo no es rico.
Le chien est rapide et bon pour la chasse. Mais le gentilhomme n’est pas riche.
Alonso Quijano es un hidalgo pequeño, no un gran señor. Es un hombre feliz con pocas cosas.
Alonso Quijano est un petit noble, pas un grand seigneur. C’est un homme qui se contente de peu.
Pero sus libros son peligrosos.
Mais ses livres sont dangereux.
Vocabulaire
Les personnes
- el hidalgo
- le gentilhomme (petit noble)
- el hombre
- l’homme
- el señor
- le seigneur, le monsieur, M.
- el nombre
- le nom
Comment on est
- alto / alta
- grand (de taille)
- delgado / delgada
- mince
- fuerte
- fort, solide
- joven
- jeune
- tranquilo / tranquila
- calme, tranquille
- serio / seria
- sérieux
- amable
- aimable, gentil
- feliz
- heureux
- extraño / extraña
- étrange, bizarre
Ce qu’il possède
- la casa
- la maison
- las armas
- les armes, l’armure
- el caballo
- le cheval
- el perro
- le chien
- el libro
- le livre
Les mots qui jugent
- pobre
- pauvre
- rico / rica
- riche
- viejo / vieja
- vieux
- antiguo / antigua
- ancien, d’autrefois
- flaco / flaca
- maigre
- peligroso / peligrosa
- dangereux
SER, dire ce qu’on est. Genre et nombre
Alonso Quijano es alto y delgado.
Sus armas son antiguas.
El perro es rápido y bueno para la caza.
Les trois phrases utilisent le même verbe, ser, pour dire ce que quelqu’un ou quelque chose est. C’est le verbe le plus fréquent de l’espagnol et il est irrégulier, comme être l’est en français. On l’apprend donc en entier dès le premier jour et on n’y revient plus.
| ser | ||
|---|---|---|
| yo | soy | je suis |
| tú | eres | tu es |
| él / ella / usted | es | il / elle est, vous êtes (vouvoiement) |
| nosotros / nosotras | somos | nous sommes |
| vosotros / vosotras | sois | vous êtes (pluriel, Espagne) |
| ellos / ellas / ustedes | son | ils / elles sont |
Six formes, six terminaisons différentes, exactement comme suis, es, est, sommes, êtes, sont. Mais l’espagnol en tire une conséquence que le français ne tire pas : comme la terminaison suffit à dire qui parle, le pronom sujet disparaît. On dit Soy alto, pas Yo soy alto. Mettre yo partout est la marque la plus visible d’un francophone qui débute : ce n’est pas faux, mais cela sonne comme si tu insistais à chaque phrase sur le fait que c’est bien toi.
Le genre. Bonne nouvelle : tu n’as rien à apprendre ici. L’espagnol range ses noms en masculin et féminin comme le français, sans plus de logique, et il faut apprendre l’article avec le mot, exactement comme tu as appris une table et non table.
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| masculin | el libro | los libros |
| féminin | la casa | las casas |
La mauvaise nouvelle est ailleurs, et c’est le piège de tout le cours : le genre ne coïncide pas d’une langue à l’autre. Le mot se ressemble, l’article change.
| français | espagnol |
|---|---|
| la voiture | el coche |
| le lait | la leche |
| le sel | la sal |
| la dent | el diente |
| le nez | la nariz |
| la couleur | el color |
Les mots en -o sont presque toujours masculins et ceux en -a presque toujours féminins. Cette règle t’emmène très loin, et les exceptions arrivent une par une.
L’accord. Voilà la réponse à la deuxième question, et là encore tu sais déjà le faire : l’adjectif espagnol copie le genre et le nombre de son nom, comme en français. El caballo flaco, la casa vieja, las armas antiguas. Les adjectifs en -e ou en consonne ne changent pas au féminin : un hombre amable, una mujer amable.
La vraie différence n’est pas grammaticale, elle est sonore. En français l’accord est presque muet : entre vieux et vieilles il y a deux lettres qu’on n’entend pas, et le -s du pluriel ne s’entend jamais. En espagnol tout s’entend : viejo, vieja, viejos, viejas sont quatre mots différents à l’oreille. Écrire l’accord ne te posera aucun problème. Le dire à voix haute, si, et c’est pour cela que ce cours te fait parler dès la première leçon.
S’adresser à quelqu’un. L’espagnol a lui aussi un tutoiement et un vouvoiement, mais ils ne se répartissent pas comme en français. Tú s’emploie en Espagne avec presque tout le monde, y compris les commerçants et les gens deux fois plus âgés que toi : là où un Français dirait encore vous, un Espagnol dit tú. Usted est réservé aux personnes très âgées, aux fonctionnaires et aux moments où l’on veut mettre de la distance. Attention à un détail qui n’a pas d’équivalent français : usted se construit avec la troisième personne, usted es, jamais usted eres. Et au pluriel, l’Espagne dit vosotros pour le tutoiement collectif, une forme que le français n’a pas, puisque vous lui sert pour les deux. L’Amérique latine dit ustedes pour tout le monde. Ce cours enseigne l’espagnol d’Espagne, donc vosotros reste.
Ce qu’était vraiment un hidalgo
Un hidalgo était un noble, et en 1605 cela voulait dire deux choses avant tout : il ne payait pas certains impôts, et il ne pouvait pas travailler de ses mains sans perdre son rang. Une combinaison magnifique pour mourir de faim avec dignité.
Le mot vient de hijo de algo, « fils de quelque chose » : fils de quelqu’un qui a possédé quelque chose, autrefois. Alonso Quijano a un nom de famille, une vieille maison, un cheval maigre et l’armure rouillée de ses arrière-grands-pères. Ce qu’il n’a pas, c’est de l’argent.
L’Espagne était pleine d’hidalgos comme lui, surtout dans le nord, et toute cette classe était la plaisanterie courante de l’époque : l’homme trop grand seigneur pour travailler et trop fauché pour manger. Cervantes connaissait le terrain de première main. Il fut soldat, perdit l’usage de sa main gauche à Lépante, passa cinq ans captif à Alger, puis travailla comme collecteur d’impôts, le métier le moins aimé qui fût. Il fit aussi de la prison. L’homme qui a inventé le gentilhomme sans le sou savait exactement de quoi il parlait.
Cervantes dans le texte · «Frisaba la edad de nuestro hidalgo con los…»
Frisaba la edad de nuestro hidalgo con los cincuenta años; era de complexión recia, seco de carnes, enjuto de rostro, gran madrugador y amigo de la caza.
Our gentleman was getting on for fifty. He was of a tough constitution, spare of flesh, lean of face, a great early riser and a lover of hunting.
Cervantes décrit son homme avec des adjectifs courts et physiques : recia (robuste), seco (sec), enjuto (décharné). C’est exactement ce que tu viens de faire dans cette leçon avec ser + adjectif. Note recia et non recio : dès 1605 l’adjectif s’accorde avec complexión, nom féminin, comme l’est aussi complexion en français. Ton oreille de francophone ne te trompera pas sur ce mot-là, mais elle te trompera sur d’autres.