Niveau A1 · Leçon 20

Sancho Panza et les moulins à vent

Un laboureur pauvre accepte une île qui n’existe pas, et son maître charge trente géants qui sont des moulins. Fin du bloc A1.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte et son cheval projetés en l’air, la tête en bas, par l’aile d’un moulin, Sancho Panza les regardant du haut de son âne.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Jusqu’ici tes phrases étaient courtes et séparées. Dans cette leçon elles se relient : porque, para, si et creo que collent deux idées en une seule phrase. Les quatre fonctionnent comme parce que, pour, si et je crois que, si bien que la leçon est presque offerte. Le piège est ailleurs, et il vient de ton pour, que l’espagnol coupe en deux mots.

L’histoire en espagnol facile

En el pueblo vivía un labrador pobre y honrado. Se llamaba Sancho Panza.

Dans le village vivait un laboureur pauvre et honnête. Il s’appelait Sancho Panza.

Don Quijote habló con él muchos días para convencerlo.

Don Quichotte lui parla bien des jours pour le convaincre.

«Si vienes conmigo, puedes ser gobernador de una isla.»

« Si tu viens avec moi, tu peux devenir gouverneur d’une île. »

Sancho dejó su casa porque quería aquella isla para sus hijos.

Sancho quitta sa maison parce qu’il voulait cette île pour ses enfants.

Salieron de noche porque nadie debía verlos.

Ils partirent de nuit parce que personne ne devait les voir.

En el campo había treinta o cuarenta molinos de viento.

Dans la plaine il y avait trente ou quarante moulins à vent.

«Mira, amigo: allí hay gigantes. Voy contra ellos para ganar la batalla.»

« Regarde, mon ami : il y a là-bas des géants. Je vais sur eux pour gagner la bataille. »

«Señor, creo que son molinos. Se mueven porque hace viento.»

« Seigneur, je crois que ce sont des moulins. Ils bougent parce qu’il y a du vent. »

Don Quijote no escuchó. Atacó con la lanza y golpeó el primer brazo.

Don Quichotte n’écouta pas. Il attaqua avec sa lance et frappa la première aile.

El viento movió el brazo y rompió la lanza.

Le vent fit tourner l’aile et cassa la lance.

Caballo y caballero rodaron por el campo. Sancho llegó con su burro.

Cheval et chevalier roulèrent à travers le champ. Sancho arriva sur son âne.

«Creo que eran molinos, señor.» «Frestón los cambió porque me odia.»

« Je crois que c’étaient des moulins, seigneur. » « Frestón les a changés parce qu’il me hait. »

Si un caballero cae, se levanta. Don Quijote se levantó y siguió el camino.

Si un chevalier tombe, il se relève. Don Quichotte se releva et reprit la route.

Vocabulaire

Sancho et le marché

el labrador
le laboureur
el escudero
l’écuyer
el gobernador
le gouverneur
la isla
l’île
convencer
convaincre

Le moulin

el molino de viento
le moulin à vent
el brazo
le bras, l’aile
el viento
le vent
el gigante
le géant

La bataille

la batalla
la bataille
rodar
rouler
golpear
frapper
la aventura
l’aventure
honrado / honrada
honnête

Des phrases qui se relient : porque, para, si, creo que

Sancho dejó su casa porque quería aquella isla.

Voy contra ellos para ganar mi primera batalla.

Creo que son molinos.

Quatre mots, et ton espagnol cesse de ressembler à une liste. Les quatre calquent le français, ce qui est rare : profites-en.

moten françaisajoutesuivi deexemple
porqueparce queune raisonun verbe conjuguéSalieron de noche porque nadie debía verlos.
parapourun butun infinitifHabló con él para convencerlo.
sisiune conditionle présentSi vienes conmigo, puedes ser gobernador.
creo queje crois queun avisun verbe conjuguéCreo que son molinos.

Trois d’entre eux se comportent comme les tiens, au mot près. Para prend l’infinitif nu quand les deux moitiés ont le même sujet, exactement comme pour partir, pour gagner. Si refuse le futur derrière lui, comme ton si : personne ne dit si tu viendras, personne ne dit si vendrás. Et creo que demande l’indicatif, quand no creo que passe au subjonctif, du calque parfait sur je crois que et je ne crois pas que.

Le vrai piège : ton pour se coupe en deux

Le français dit pour pour tout. L’espagnol a deux mots, et le partage est net.

quandespagnolexemple
le but, la destination, le destinataireparapara ganar la batalla, para sus hijos, salgo para el pueblo
la cause, le motif, le moyen, l’échangeporlo hizo por el dinero, se mueven por el viento, gracias por el libro

Une question à te poser : si tu peux remplacer ton pour par afin de, c’est para. Si tu peux le remplacer par à cause de ou en échange de, c’est por.

Garde aussi les deux porque séparés. ¿por qué?, deux mots avec un accent, pose la question ; porque, un seul mot, y répond. Ton pourquoi unique te poussera à écrire l’un pour l’autre : ¿Por qué salieron de noche? Porque nadie debía verlos.

Tout ce que tu as, sur une page

C’est la dernière leçon du niveau A1. Voici la machine complète, montée depuis le premier village de la Manche :

tempsce qu’il faitdans l’histoire
présentmaintenant, toujours, vérité généraleSe mueven porque hace viento.
impératifles ordresMira, amigo.
passé simpleun événement fini, et il se dit à l’oralAtacó con la lanza.
imparfaitdescription, habitude, décorEn el campo había cuarenta molinos.
passé composéaujourd’hui, récemment, encore ouvertHa vuelto a casa enfermo.

La ligne à relire est celle du passé simple : c’est le seul temps de ce tableau qui ne se comporte pas comme le tien. En français il est réservé au livre, en espagnol Sancho l’emploie pour raconter sa journée.

Ajoute ser et estar, les articles, l’accord, les possessifs et les démonstratifs, l’interrogation et la négation, gustar, les comparatifs, le relatif que et ces quatre connecteurs : tu as la grammaire du A1. De quoi lire une scène entière de Cervantes sans la colonne française à côté. Reprends l’histoire ci-dessus en cachant les traductions.

Le niveau A2 s’ouvre sur ce même champ de moulins, raconté une seconde fois, avec les pronoms, les périphrases et le duel ser / estar qui transforment des phrases correctes en phrases fluides.

Les moulins, technologie de pointe

La plaisanterie ne fonctionne que si l’on sait ce qu’était un moulin à vent en 1605 : une nouveauté. Ils sont arrivés dans la Manche vers 1575, trente ans avant le roman, assez récemment pour qu’un homme de l’âge de don Quichotte ait connu le paysage sans eux. Quarante tours blanches sur une crête nue, chacune avec quatre bras qui tournent tout seuls, moulant le grain de toute une contrée sans rivière et sans mulet.

C’était la machine la plus avancée qu’un Espagnol ordinaire verrait jamais. La Manche est plate, sèche et venteuse : pas de ruisseau pour les moulins à eau, donc le vent fait le travail à leur place. Un meunier moulait en une matinée ce qu’un moulin à âne mettait deux jours à faire.

La scène n’est donc pas seulement celle d’un fou qui frappe un bâtiment. C’est la chose la plus ancienne du livre, un chevalier sorti d’un roman du quatorzième siècle, qui charge la chose la plus neuve de l’horizon, et qui perd. Sancho, ni ancien ni moderne mais simplement éveillé, regarde depuis son âne et prononce la phrase qui suit le couple depuis quatre cents ans : seigneur, je crois que ce sont des moulins.

Cervantes dans le texte · «Non fuyades, cobardes y viles criaturas…»

Non fuyades, cobardes y viles criaturas, que un solo caballero es el que os acomete.

Flee not, cowardly and vile creatures, for it is a single knight who attacks you.

Non fuyades, c’est de l’espagnol ancien pour no huyáis, « ne fuyez pas » : en 1605, le f était déjà devenu h. Don Quichotte parle ainsi exprès, il imite le castillan de ses romans, qui sonnait déjà vieux pour les lecteurs de Cervantes. Et regarde le relatif de la leçon précédente à l’œuvre dans le texte : el que os acomete.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.