Niveau A1 · Leçon 19
Un mur à la place de la porte
Les livres brûlent dans la cour et un maçon mure la bibliothèque. La gouvernante invente un enchanteur, et don Quichotte la croit.

Ce que tu sauras faire
- Relier deux phrases avec le relatif que.
- Étoffer un nom avec un adjectif ou avec de + nom.
- Raconter une scène entière au passé, en mêlant passé simple et imparfait.
Avant de lire
Un petit mot revient dans presque tous les paragraphes : que. Bonne nouvelle : comme en français, il ne se supprime jamais, et tu n’auras donc rien à désapprendre. La surprise est ailleurs : là où tu choisis entre qui et que, l’espagnol n’a qu’un seul mot.L’histoire en espagnol facile
El ama y la sobrina hicieron una hoguera en el corral de la casa.
La gouvernante et la nièce firent un bûcher dans la cour de la maison.
Echaron allí casi todos los libros que había en la biblioteca.
Elles y jetèrent presque tous les livres qu’il y avait dans la bibliothèque.
El humo que subía al cielo se veía desde el camino.
La fumée qui montait vers le ciel se voyait depuis la route.
El cura salvó seis libros que eran buenos y no hacían daño.
Le curé sauva six livres qui étaient bons et ne faisaient aucun mal.
Al día siguiente vino un albañil que tenía cal y ladrillos.
Le lendemain vint un maçon qui avait de la chaux et des briques.
Puso una pared en el lugar de la puerta de la biblioteca.
Il mit un mur à la place de la porte de la bibliothèque.
Dos días después, don Quijote se levantó y buscó la habitación de los libros.
Deux jours plus tard, don Quichotte se leva et chercha la pièce des livres.
No vio la puerta. Puso las manos en la pared blanca y no comprendió nada.
Il ne vit pas la porte. Il posa les mains sur le mur blanc et ne comprit rien.
«Aquí no hay biblioteca», dijo el ama. «Vino un encantador que iba en un dragón.»
« Il n’y a pas de bibliothèque ici », dit la gouvernante. « Un enchanteur est venu, qui montait un dragon. »
«Hizo mucho humo y se llevó los libros que teníamos.»
« Il a fait beaucoup de fumée et il a emporté les livres que nous avions. »
Don Quijote comprendió: era Frestón, el mago que odiaba a los caballeros andantes.
Don Quichotte comprit : c’était Frestón, le magicien qui haïssait les chevaliers errants.
Vocabulaire
Le feu
- la hoguera
- le bûcher
- el humo
- la fumée
- el corral
- la cour
- el cielo
- le ciel
Les travaux
- el albañil
- le maçon
- el ladrillo
- la brique
- la cal
- la chaux, le badigeon
- la pared
- le mur
- la habitación
- la pièce
La magie
- el encantador
- l’enchanteur
- el mago
- le magicien
- el dragón
- le dragon
- el daño
- le mal, le dommage
- odiar
- haïr, détester
Le relatif QUE, et comment on étire un nom
Echaron los libros que había en la biblioteca.
Vino un albañil que tenía cal y ladrillos.
Se llevó los libros que teníamos.
Un seul. Le français choisit entre qui, sujet de la phrase qui suit, et que, complément d’objet. L’espagnol dit que dans les deux cas, et pour les personnes comme pour les choses.
| espagnol | français |
|---|---|
| el mago que odiaba a los caballeros | le magicien qui haïssait les chevaliers |
| el humo que subía al cielo | la fumée qui montait au ciel |
| el albañil que vino ayer | le maçon qui est venu hier |
| los libros que teníamos | les livres que nous avions |
Quatre lignes, un seul mot espagnol. Tu peux même oublier la question du sujet et du complément, qui t’a coûté des heures à l’école : ici elle ne sert à rien.
Là où le calque te trahit
Ne traduis pas qui par quien. Le mot existe, mais il ne vit pas là. Quien apparaît derrière une préposition (la mujer con quien habló), dans les proverbes, ou seul, sans nom devant. Juste après un nom, c’est toujours que : on dit el hombre que vino, jamais el hombre quien vino.
Et ce qui, ce que ? Là, au contraire, l’espagnol ajoute un mot : lo que. Ce qui se passait donne lo que pasaba ; tout ce que nous avions donne todo lo que teníamos. Un que tout seul ne suffit pas.
Ton dont n’a pas d’équivalent unique, et il ne se traduit pas par que. Laisse-le de côté pour l’instant : il reviendra avec cuyo et del que.
Trois façons d’étirer un nom
Tout ce qui suit le nom est une information de plus sur lui, et l’espagnol range dans un ordre fixe : le nom d’abord, le détail après.
| outil | exemple | français |
|---|---|---|
| adjectif | la pared blanca | le mur blanc |
| de + nom | la puerta de la biblioteca | la porte de la bibliothèque |
| que + phrase | la pared que puso el albañil | le mur que le maçon a monté |
Le de + nom marche exactement comme le tien, et c’est un cadeau : là où l’anglais colle deux noms l’un contre l’autre, toi et l’espagnol dites la même chose dans le même ordre.
L’adjectif, lui, demande une correction. Tu places volontiers les adjectifs courants devant le nom : une grande maison, un vieux livre. L’espagnol les met derrière : una casa grande, un libro viejo, la pared blanca. Devant le nom, ils changent de ton ou de sens, et ce n’est pas encore pour aujourd’hui.
On peut tout enchaîner : el humo de la hoguera que hicieron en el corral, la fumée du bûcher qu’elles ont fait dans la cour. Trois noms, une seule idée, aucune virgule.
Un détail que tu verras dans le texte : après que, le verbe peut passer devant son sujet. La pared que puso el albañil sonne plus naturel que que el albañil puso. Les deux sont corrects, mais le premier sonne espagnol.
Les maisons et leurs pièces
Pour trouver le coup du mur crédible, il faut se représenter la maison. La demeure d’un gentilhomme de la Manche tenait sur un seul niveau, autour d’un corral : une cuisine avec une cheminée assez grande pour s’y asseoir, deux ou trois alcôves pour dormir, une réserve à grain et à huile, et la cour avec les poules, l’âne et le tas de bois. Le bûcher se fait là parce que tous les feux se faisaient là.
Les murs étaient en adobe, la brique de terre crue, ou en brique cuite, et les uns comme les autres étaient finis à la chaux. Voilà pourquoi un maçon peut faire disparaître une porte en une matinée sans laisser de trace : il bouche l’ouverture, passe la chaux sur toute la surface, et la pièce n’existe plus. Pas de plinthe, pas de raccord de peinture, rien qu’un chevalier perplexe puisse trouver de la main.
C’est ce qui rend le mensonge de la gouvernante si efficace. Elle n’a pas besoin d’être crue sur les détails. La maison elle-même a effacé les preuves, et don Quichotte fournit l’enchanteur gratuitement.
Cervantes dans le texte · «Ya no hay aposento ni libros en esta casa…»
Ya no hay aposento ni libros en esta casa, porque todo se lo llevó el mesmo diablo
There is no room and no books in this house any more, because the devil himself carried it all off
C’est la gouvernante qui répond, et elle a bien appris son mensonge. Aposento, c’est la pièce, et mesmo est la forme ancienne de mismo. Remarque aussi la double négation, no hay… ni… ni : elle ne choque personne en espagnol.