Niveau A1 · Leçon 18
Le curé et le barbier ouvrent la bibliothèque
Deux amis font le procès des livres de don Quichotte, un par un. C’est ici qu’arrivent le passé composé et le participe.

Ce que tu sauras faire
- Raconter quelque chose qui s’est passé aujourd’hui ou il y a peu, avec le passé composé.
- Former le participe de n’importe quel verbe, et connaître la poignée de verbes qui échappent à la règle.
- Employer le participe comme adjectif : estoy cansado, la lanza está rota.
Avant de lire
Un passé nouveau apparaît, et il est fait de deux mots : he vuelto, ha dormido, hemos hablado. C’est ton passé composé, avec une différence qui ne se voit pas tout de suite : l’auxiliaire est toujours haber, jamais ser ni estar. Je suis rentré se dit he vuelto.L’histoire en espagnol facile
Don Quijote ha vuelto a casa muy enfermo. Ha dormido dos días en su cama.
Don Quichotte est rentré chez lui très malade. Il a dormi deux jours dans son lit.
Aquella mañana llegaron dos amigos: el cura y el barbero del pueblo.
Ce matin-là arrivèrent deux amis : le curé et le barbier du village.
«La culpa es de estos libros», dijo la sobrina, y abrió la biblioteca.
« C’est la faute de ces livres », dit la nièce, et elle ouvrit la bibliothèque.
El ama trajo agua bendita. «He visto cosas muy raras en esta casa.»
La gouvernante apporta de l’eau bénite. « J’ai vu des choses très étranges dans cette maison. »
Dentro había más de cien libros grandes. Todos eran de caballerías.
À l’intérieur il y avait plus de cent grands livres. C’étaient tous des romans de chevalerie.
El barbero le dio un libro al cura. El cura leyó el título en voz alta.
Le barbier tendit un livre au curé. Le curé lut le titre à voix haute.
«Este ha hecho todo el mal de esta casa. Dáselo al ama.»
« Celui-ci a fait tout le mal de cette maison. Donne-le à la gouvernante. »
Pero otros libros le gustaron mucho. «Este poema está bien escrito. Ponlo aquí.»
Mais d’autres livres lui plurent beaucoup. « Ce poème est bien écrit. Mets-le ici. »
El ama estaba cansada de tantos juicios. «Ya hemos hablado bastante», repitió.
La gouvernante était fatiguée de tant de procès. « Nous avons assez parlé maintenant », répéta-t-elle.
«Échalos todos por la ventana.» Y por la ventana salieron casi todos.
« Jette-les tous par la fenêtre. » Et par la fenêtre sortirent presque tous.
Vocabulaire
Les gens du village
- el cura
- le curé
- el barbero
- le barbier
- el ama
- la gouvernante
- la sobrina
- la nièce
La bibliothèque
- la biblioteca
- la bibliothèque
- el título
- le titre
- el poema
- le poème
- en voz alta
- à voix haute
- el agua bendita
- l’eau bénite
Le procès des livres
- la culpa
- la faute, la responsabilité
- el juicio
- le procès, le jugement
- quemar
- brûler
- echar
- jeter dehors
- cansado / cansada
- fatigué / fatiguée
- roto / rota
- cassé / cassée
Le passé composé et le participe
Don Quijote ha vuelto a casa muy enfermo.
He visto cosas muy raras en esta casa.
Ya hemos hablado bastante.
Le premier. C’est le verbe haber, et derrière lui vient le participe, qui ne change jamais.
C’est la machine de ton passé composé. Apprends les six formes de haber et tu tiens le temps entier :
| haber | + participe |
|---|---|
| yo he | hablado (parlé) comido (mangé) vivido (vécu) |
| tú has | |
| él / ella ha | |
| nosotros hemos | |
| vosotros habéis | |
| ellos han |
Les trois endroits où ça ne calque pas
Un seul auxiliaire. L’espagnol ignore le partage avoir / être : tout passe par haber. Je suis rentré se dit he vuelto, je suis né se dit he nacido, je me suis levé se dit me he levantado. Soy vuelto n’existe pas.
Le participe ne s’accorde jamais après haber. Il finit par -o, quoi qu’il arrive et même avec le complément d’objet direct devant : la carta que he escrito, las cartas que he escrito. Ta règle de l’accord avec le COD placé avant ne s’applique nulle part ici, et c’est un soulagement.
Rien ne se glisse au milieu. Le français enserre l’auxiliaire (je n’ai pas vu, j’ai toujours dit) ; l’espagnol soude les deux mots et met le reste devant : No lo he visto. Siempre lo he dicho. ¿Lo has visto?
Le participe
Facile : les verbes en -ar font -ado, ceux en -er et en -ir font -ido. Huit verbes courants refusent, et tu les croiseras tous les jours :
| verbe | participe | |
|---|---|---|
| hacer | hecho | fait |
| escribir | escrito | écrit |
| ver | visto | vu |
| decir | dicho | dit |
| volver | vuelto | revenu, rentré |
| romper | roto | cassé |
| poner | puesto | mis |
| abrir | abierto | ouvert |
Quel passé, alors ?
Tu en as trois, et c’est là que l’espagnol s’écarte de toi : ton français parlé n’a plus qu’un seul passé pour raconter. En Espagne, le partage se fait au calendrier.
- Passé composé : aujourd’hui, cette semaine, cette année, ya, todavía no, tout ce que l’on sent encore ouvert : Ha vuelto a casa. He visto cosas raras.
- Passé simple (l’indefinido) : un moment fermé et daté. La forme ne te surprendra pas, l’usage si : en espagnol il se dit à l’oral, tous les jours, ce que le tien ne fait plus depuis longtemps. Aquella mañana llegaron dos amigos.
- Imparfait : le décor derrière tout ça, exactement comme le tien. Dentro había más de cien libros.
Les trois travaillent ensemble dans l’histoire : le passé composé met à jour, le passé simple fait avancer la matinée, l’imparfait décrit la pièce.
Le participe comme adjectif
Le même mot fait un second métier. Après haber il est figé. Mais après ser ou estar, ou à côté d’un nom, il redevient un adjectif ordinaire et s’accorde, comme le tien après être :
Estoy cansado / El ama está cansada / La lanza está rota / Los libros están quemados / Este poema está bien escrito.
Avec une différence qui s’entend : en français l’accord est le plus souvent muet, en espagnol il se prononce entier. Cansado et cansada ne sonnent pas pareil, et l’on saura tout de suite si tu t’es trompé.
La censure et l’Inquisition
La scène est drôle, et elle est aussi documentaire. En 1605, aucun livre ne pouvait s’imprimer en Espagne sans une licence royale et une approbation ecclésiastique, toutes deux imprimées dans les premières pages, et le roman de Cervantes porte les siennes. L’Inquisition publiait un Index des livres interdits, et un autodafé public était un événement ordinaire, pas un scandale.
Alors, quand le curé s’assied et juge la bibliothèque volume par volume (celui-ci vit, celui-là brûle, cet autre passe par la fenêtre), il fait, dans une cour de ferme de la Manche, exactement ce que les tribunaux faisaient dans les villes. Le chapitre s’appelle el donoso y grande escrutinio : le plaisant et grand examen. Un escrutinio, c’est un examen en règle.
La plaisanterie a du tranchant. Le curé s’arrête sans cesse pour louer les livres qu’il est censé détruire, et l’un des volumes dont il discute est un roman écrit par un certain Cervantes, jugé en public par son propre auteur. Pendant ce temps la gouvernante, qui ne sait pas lire, tient la seule politique cohérente de la pièce : tout brûler.
Cervantes dans le texte · «no hay para qué perdonar a ninguno…»
no hay para qué perdonar a ninguno, porque todos han sido los dañadores
there is no reason to pardon a single one, because they have all been the culprits
C’est la nièce qui parle, et elle ne veut sauver aucun livre. Tu as là le passé composé de la leçon, intact depuis 1605 : han sido. Et dañadores, participe devenu nom, désigne ceux qui ont fait le mal.