Niveau A2 · Leçon 21

Le matin des moulins

L’aventure des moulins, racontée à nouveau et en entier, au passé simple régulier. Le bloc A2 commence.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte et son cheval projetés en l’air, la tête en bas, par l’aile d’un moulin, Sancho Panza les regardant du haut de son âne.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Tout le texte est au passé. C’est le temps que l’espagnol emploie pour un fait terminé, et il portera tous les récits d’ici à la fin du cours. Regarde les terminaisons : miró, corrió, salieron. Rien ne s’ajoute devant le verbe, la terminaison fait tout le travail. Une chose à savoir dès maintenant : ces formes correspondent à ton passé simple, mais en espagnol elles n’ont rien de littéraire. C’est ce qu’on dit à table pour raconter la journée de la veille.

L’histoire en espagnol facile

Una mañana de verano, don Quijote y Sancho salieron al campo de Montiel.

Un matin d’été, don Quichotte et Sancho sortirent dans la plaine de Montiel.

Los dos hablaron mucho rato de la isla y del gobierno.

Tous deux parlèrent longtemps de l’île et du gouvernement.

De pronto, el caballero descubrió treinta molinos de viento en la llanura.

Tout à coup, le chevalier aperçut trente moulins à vent dans la plaine.

«Mira, amigo Sancho: allí aparecieron treinta gigantes enormes.»

« Regarde, ami Sancho : trente géants énormes sont apparus là-bas. »

Sancho miró la llanura con calma y solo encontró molinos.

Sancho regarda la plaine avec calme et n’y trouva que des moulins.

El escudero le explicó su error dos veces. El caballero no escuchó nada.

L’écuyer lui expliqua son erreur deux fois. Le chevalier n’écouta rien.

Entonces don Quijote corrió con la lanza contra el primer molino.

Alors don Quichotte s’élança avec sa lance contre le premier moulin.

En ese momento el viento movió las aspas con mucha fuerza.

À ce moment-là, le vent fit tourner les ailes avec une grande force.

Las aspas rompieron la lanza y levantaron al caballo por el aire.

Les ailes brisèrent la lance et soulevèrent le cheval dans les airs.

Caballo y caballero rodaron por el suelo, muy lejos el uno del otro.

Cheval et chevalier roulèrent sur le sol, très loin l’un de l’autre.

Sancho bajó del burro y ayudó a su señor.

Sancho descendit de son âne et aida son maître à se relever.

«El sabio Frestón cambió los gigantes en molinos. Ese mago me odia.»

« Le sage Frestón a changé les géants en moulins. Ce magicien me déteste. »

Después comieron pan y queso debajo de un árbol.

Ensuite ils mangèrent du pain et du fromage sous un arbre.

Nadie ganó nada aquel día, pero los dos siguieron el camino.

Personne ne gagna rien ce jour-là, mais tous deux poursuivirent leur chemin.

Vocabulaire

La campagne

la llanura
la plaine
el campo de Montiel
la plaine de Montiel
el árbol
l’arbre
el suelo
le sol
el aire
l’air

Le moulin

el aspa
l’aile, la pale
el viento
le vent
la fuerza
la force
el gigante
le géant
el sabio
le magicien

Verbes pour raconter

descubrir
apercevoir, distinguer
aparecer
apparaître
explicar
expliquer
rodar
rouler
ayudar
aider

Quand cela s’est passé

de pronto
tout à coup, soudain
entonces
alors, à ce moment-là
después
ensuite, puis
aquel día
ce jour-là
dos veces
deux fois

Le passé simple régulier

Sancho miró la llanura con calma.

Don Quijote corrió con la lanza contra el molino.

Los dos salieron al campo de Montiel.

Le français marque ce passé avec un auxiliaire : j’ai parlé. L’espagnol, lui, ne met rien devant le verbe. Tout tient dans la terminaison, qui donne d’un seul coup la personne et le temps. Sur ce point, c’est exactement ton passé simple.

hablar (parler)comer (manger)salir (sortir)
yohablécomísalí
hablastecomistesaliste
él, ella, ustedhablócomiósalió
nosotroshablamoscomimossalimos
vosotroshablasteiscomisteissalisteis
ellos, ellas, ustedeshablaroncomieronsalieron

Le vrai piège, et il est pour toi

Ton passé simple existe, mais il est réservé au roman et à l’écrit soutenu : personne ne dit je parlai à table. Celui de l’espagnol est exactement l’inverse. C’est le temps de tous les jours, celui du récit de la veille. Là où tu dis hier, j’ai parlé avec Sancho, l’espagnol ne dit pas ✗ Ayer he hablado con Sancho mais ✓ Ayer hablé con Sancho. La forme ne te posera aucune difficulté ; c’est l’emploi qui va te demander des mois.

Trois choses à retenir

D’abord, -er et -ir partagent une seule série de terminaisons. Cela divise le travail par deux : apprends comí, comiste, comió et tu sais déjà salí, saliste, salió.

Ensuite, l’accent des formes de yo et de él n’est pas un ornement. Enlève-le et tu obtiens un autre mot. Hablo, c’est je parle ; habló, c’est il parla. Miro, c’est je regarde ; miró, c’est elle regarda. Toute la phrase passe d’aujourd’hui à l’été dernier pour un seul petit trait.

Enfin, la forme de nosotros des verbes en -ar et en -ir est la même au présent et au passé simple. Hablamos, c’est nous parlons et nous parlâmes ; salimos, c’est nous sortons et nous sortîmes. L’espagnol laisse le contexte trancher. Ajoute ayer ou aquel día et plus personne n’hésite.

À quoi sert ce temps

Il rapporte un fait terminé, vu de l’extérieur, avec un début et une fin. Le vent a fait tourner les ailes une fois, la lance s’est brisée une fois, Sancho est descendu de son âne une fois. C’est pour cela que toute la scène des moulins tient dans ce temps-là, de la première ligne à la dernière.

Il va naturellement avec les marqueurs qui clouent un fait à un moment : de pronto, entonces, en ese momento, después, aquel día, dos veces. La leçon 23 apportera l’autre passé, celui de la description et de l’habitude, et la leçon 24 mettra les deux côte à côte.

Du grain au pain

Un moulin n’était pas un élément du paysage. C’était l’usine à farine de toute une contrée, et le pain représentait entre la moitié et les deux tiers de ce que mangeait un Espagnol ordinaire en 1605. Rien, dans le village, ne comptait autant que de savoir si le moulin tournait.

Le meunier prenait son salaire en nature, une mesure de grain sur chaque charge, ce qu’on appelait la maquila. C’était le seul homme qui maniait la nourriture de tous les autres et en gardait une part : les contes populaires espagnols sont donc pleins de meuniers qui trichent, et presque aucun n’y est bon. Chaque maison savait faire le calcul et personne ne pouvait le vérifier.

Ce qui aiguise la plaisanterie de ce chapitre. Don Quichotte charge le bâtiment le plus utile de l’horizon, la seule chose qui, dans cette plaine nue, tienne ses voisins en vie, et il y voit des monstres. Sancho, qui a porté du grain au moulin toute sa vie, voit un moulin. Le chevalier se bat contre la littérature et l’écuyer regarde le déjeuner.

Cervantes dans le texte · «En esto, descubrieron treinta o cuarenta molinos de…»

En esto, descubrieron treinta o cuarenta molinos de viento que hay en aquel campo.

At this point they made out thirty or forty windmills that stand in that field.

Cervantes raconte la scène au temps même que tu viens d’apprendre. Descubrieron est le passé simple régulier de descubrir, avec la terminaison -ieron commune aux verbes en -er et en -ir. Remarque aussi hay, au présent : les moulins étaient encore debout dans ce champ pendant que Cervantes écrivait, et la plupart le sont toujours.