C1 · Première partie, chapitre 3

La Tolosa et la Molinera : qui a droit au titre de doña

Deux femmes de l’auberge aident à armer don Quichotte chevalier, et il les récompense en leur donnant le titre de doña. La plaisanterie suppose de savoir qui sont ces femmes et ce que voulait dire don en 1605, et la grammaire est encore le discours indirect, qui porte cette fois des demandes. Cette unité porte sur les titres, les noms, et la façon dont se disait la courtoisie.

Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit

Miguel de Cervantes, Première partie, chapitre 3. Sans adaptation.

Don Quijote le preguntó cómo se llamaba, porque él supiese de allí adelante a quién quedaba obligado por la merced recebida; porque pensaba darle alguna parte de la honra que alcanzase por el valor de su brazo. Ella respondió con mucha humildad que se llamaba la Tolosa, y que era hija de un remendón natural de Toledo que vivía a las tendillas de Sancho Bienaya, y que dondequiera que ella estuviese le serviría y le tendría por señor. Don Quijote le replicó que, por su amor, le hiciese merced que de allí adelante se pusiese don y se llamase doña Tolosa. Ella se lo prometió, y la otra le calzó la espuela, con la cual le pasó casi el mismo coloquio que con la de la espada: preguntóle su nombre, y dijo que se llamaba la Molinera, y que era hija de un honrado molinero de Antequera; a la cual también rogó don Quijote que se pusiese don y se llamase doña Molinera, ofreciéndole nuevos servicios y mercedes.

Don Quichotte lui demanda comment elle s’appelait, afin de savoir désormais à qui il était obligé de la faveur reçue, car il pensait lui donner quelque part de l’honneur qu’il gagnerait par la valeur de son bras. Elle répondit avec beaucoup d’humilité qu’elle s’appelait la Tolosa, qu’elle était fille d’un savetier de Tolède qui vivait près des échoppes de Sancho Bienaya, et que partout où elle serait elle le servirait et le tiendrait pour seigneur. Don Quichotte lui répliqua que, pour l’amour de lui, elle lui fît la grâce de prendre désormais le don et de s’appeler doña Tolosa. Elle le lui promit, et l’autre lui chaussa l’éperon, et il eut avec elle presque le même colloque qu’avec celle de l’épée : il lui demanda son nom, et elle dit qu’elle s’appelait la Molinera et qu’elle était fille d’un honnête meunier d’Antequera. Don Quichotte la pria elle aussi de prendre le don et de s’appeler doña Molinera, en lui offrant de nouveaux services et de nouvelles faveurs.

La même chose en espagnol d’aujourd’hui

Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.

Don Quijote le preguntó cómo se llamaba, para saber desde entonces a quién le debía el favor recibido, porque pensaba darle parte de la honra que ganara con el valor de su brazo. Ella respondió con mucha humildad que se llamaba la Tolosa, que era hija de un zapatero remendón de Toledo que vivía junto a las tiendas de Sancho Bienaya, y que dondequiera que estuviera lo serviría y lo tendría por señor. Don Quijote le pidió que, por amor a él, le hiciera el favor de ponerse desde entonces el don y llamarse doña Tolosa. Ella se lo prometió, y la otra le puso la espuela, y con ella tuvo casi la misma conversación que con la de la espada: le preguntó su nombre, y ella dijo que se llamaba la Molinera y que era hija de un honrado molinero de Antequera. Don Quijote también le rogó que se pusiera el don y se llamara doña Molinera, y le ofreció nuevos servicios y favores.

Ce qui a changé, forme par forme

Dans le texteAujourd’huiPourquoi ça compte
porque él supiesepara saberPorque avec le subjonctif pour dire le but, là où aujourd’hui on emploie para que ou para.
mercedfavorLe même mot que dans vuestra merced. Une faveur, et la grâce de celui qui l’accorde.
la Tolosala de TolosaUn article devant un prénom ou un surnom de femme. On l’entend encore dans la langue familière, et ce n’est jamais poli.
remendónzapatero remendónUn savetier qui répare les chaussures au lieu de les faire. Le bas du métier.
a las tendillas dejunto a las tiendas dePrès des petites échoppes. Une vraie place de marché de Tolède.
le hiciese merced quele hiciera el favor deHacer merced suivi de que et d’un subjonctif. La demande est rapportée, donc les verbes passent à l’imparfait du subjonctif.
se pusiese donse pusiera el donPonerse don, prendre le titre, sans article, comme on enfile un vêtement.
le calzó la espuelale puso la espuelaCalzar, chausser, employé ici pour un éperon.
coloquioconversaciónUn mot savant pour un échange très ordinaire.

La syntaxe

Le passage est au discours indirect d’un bout à l’autre, et il permet de voir la concordance des temps au travail. Le but de don Quichotte, porque él supiese, l’honneur que alcanzase, et sa demande qu’elle se pusiese don passent tous à l’imparfait du subjonctif parce que les verbes principaux, preguntó et replicó, sont au passé. Les réponses des femmes restent à l’indicatif et au conditionnel, se llamaba, era hija, le serviría, parce que ce sont des faits et des promesses.

Ce qu’entend un lecteur espagnol

Les deux femmes sont des prostituées qui voyagent avec des muletiers, et le narrateur les a déjà appelées mozas del partido. La cérémonie de l’adoubement est donc célébrée par un aubergiste filou et deux femmes qui se louent, et don Quichotte les récompense avec la seule chose qu’elles ne pourraient jamais avoir, le don. En 1605 le titre était jalousement gardé et très largement usurpé, et les Espagnols se moquaient sans cesse de ceux qui se l’attribuaient. Ici on le distribue dans la cour d’une auberge, comme une faveur, à la fille d’un savetier.

Là où le cours t’y prépare