C1 · Première partie, chapitre 4

Cada uno es hijo de sus obras : le garçon attaché au chêne

Don Quichotte sauve un garçon du fouet, et répond à l’objection que le paysan n’est pas chevalier par un proverbe que tout Espagnol connaît encore : cada uno es hijo de sus obras. Le garçon retourne le proverbe contre son maître en une ligne. Cette unité porte sur vos et ses verbes, et sur une promesse qui ne vaut rien.

Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit

Miguel de Cervantes, Première partie, chapitre 4. Sans adaptation.

Importa eso poco —respondió don Quijote—, que Haldudos puede haber caballeros; cuanto más, que cada uno es hijo de sus obras. — Así es verdad —dijo Andrés—; pero este mi amo, ¿de qué obras es hijo, pues me niega mi soldada y mi sudor y trabajo? — No niego, hermano Andrés —respondió el labrador—; y hacedme placer de veniros conmigo, que yo juro por todas las órdenes que de caballerías hay en el mundo de pagaros, como tengo dicho, un real sobre otro, y aun sahumados. — Del sahumerio os hago gracia —dijo don Quijote—; dádselos en reales, que con eso me contento

Cela importe peu, répondit don Quichotte, car il peut y avoir des chevaliers chez les Haldudo, et qui plus est, chacun est fils de ses œuvres. C’est bien vrai, dit André, mais ce mien maître, de quelles œuvres est-il fils, puisqu’il me refuse mes gages, ma sueur et mon travail ? Je ne refuse pas, frère André, répondit le laboureur. Faites-moi le plaisir de venir avec moi, car je jure par tous les ordres de chevalerie qu’il y a au monde de vous payer, comme je l’ai dit, un réal sur l’autre, et même parfumés. Je vous fais grâce du parfum, dit don Quichotte. Donnez-les-lui en réaux, et je m’en contenterai

La même chose en espagnol d’aujourd’hui

Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.

Eso importa poco, respondió don Quijote, que entre los Haldudos puede haber caballeros, y más aún, cada uno es hijo de sus obras. Así es, dijo Andrés, pero este amo mío, ¿de qué obras es hijo, si me niega mi sueldo, mi sudor y mi trabajo? No te lo niego, Andrés, hermano, respondió el labrador. Hazme el favor de venirte conmigo, que te juro por todas las órdenes de caballería que hay en el mundo que te pagaré, como ya he dicho, real sobre real, y hasta perfumados. Del perfume te libro, dijo don Quijote. Dáselos en reales, que con eso me conformo

Ce qui a changé, forme par forme

Dans le texteAujourd’huiPourquoi ça compte
Haldudos puede haber caballerosentre los Haldudos puede haber caballerosPas de préposition. Le nom de famille au pluriel vaut pour toute une famille, ou pour n’importe qui portant ce nom.
cuanto más, quey ademásCuanto más, pour ajouter un argument plus fort.
cada uno es hijo de sus obraslo mismo hoyUn proverbe toujours en usage. Tu es ce que tu fais, pas celui dont tu es le fils.
este mi amoeste amo míoLe démonstratif et le possessif ensemble devant le nom. Normal à l’époque, impossible aujourd’hui.
soldadasueldo, pagaLes gages d’un domestique. Soldada et sueldo viennent de la même pièce de monnaie.
hacedme placer dehazme el favor deHacer placer, faire une amabilité. Et vos avec son impératif pluriel, du maître au domestique.
como tengo dichocomo ya he dichoTener suivi du participe comme passé composé. Vit encore dans te tengo dicho que no, qu’on dit aux enfants.
un real sobre otroreal sobre realPièce sur pièce, payé en entier et compté.
sahumadosperfumadosDes pièces passées à la fumée de l’encens, un geste de générosité.
os hago graciate libro deHacer gracia de algo, dispenser quelqu’un de quelque chose.

La syntaxe

Regarde les formes d’adresse. Don Quichotte parle au paysan avec vos, et le paysan, qui est paysan et pas chevalier, parle lui aussi à son domestique avec vos, dans hacedme, veniros et pagaros. Personne ici ne dit tú. Toute la scène porte sur qui doit quoi à qui, et les pronoms en tiennent le compte : le vos du paysan au garçon, c’est la politesse d’un homme qui s’apprête à le voler.

Ce qu’entend un lecteur espagnol

Cada uno es hijo de sus obras est une phrase radicale pour 1605, dans une société obsédée par le lignage et la pureté du sang, et don Quichotte la dit en passant pour justifier qu’on traite un paysan en chevalier. André voit tout de suite ce qu’elle veut dire pour son maître : si l’on est ce qu’on fait, un homme qui ne paie pas son domestique n’est rien. Puis le paysan jure par les ordres de chevalerie, dont il n’a jamais entendu parler, et don Quichotte le croit et repart. Dès qu’il est hors de vue, le garçon est rattaché à l’arbre.

Là où le cours t’y prépare