Niveau B1 · Leçon 64
Le Chevalier des Miroirs
Un autre chevalier errant se vante d’avoir battu don Quichotte. Ils se battent à l’aube, et sous le heaume du perdant apparaît un visage connu.

Ce que tu sauras faire
- Comparer deux choses avec más que, menos que et tan como.
- Dire que quelque chose est au plus haut degré avec el más de et avec -ísimo.
- Comparer à une phrase entière au moyen de más de lo que.
Avant de lire
Deux chevaliers passent une nuit à se vanter : la leçon est donc une comparaison d’un bout à l’autre, et la bonne nouvelle est que tu compares déjà comme eux. Ramasse trois choses en lisant. D’abord les moules ordinaires, más que, menos que, tan como, tanto como, et regarde bien ce qui se trouve entre le mot et le nom qui suit, parce que chez toi il y a un de et là-bas il n’y en a pas. Ensuite le superlatif, la más hermosa de la tierra, et compte les articles. Enfin une troisième tournure, celle qui compare à une phrase entière avec un verbe : elle glisse un mot que tu n’attends pas entre más et ce verbe.L’histoire en espagnol facile
Una noche, en un bosque oscuro, don Quijote y Sancho oyeron quejarse a alguien.
Une nuit, dans un bois obscur, don Quichotte et Sancho ont entendu quelqu’un se plaindre.
Era otro caballero andante, con la armadura cubierta de espejitos redondos.
C’était un autre chevalier errant, l’armure couverte de petits miroirs ronds.
El desconocido hablaba muy alto, como si quisiera que lo oyera el bosque entero.
L’inconnu parlait très fort, comme s’il voulait que le bois entier l’entende.
Decía que su dama, Casildea de Vandalia, era la más hermosa de la tierra.
Il disait que sa dame, Casildea de Vandalia, était la plus belle de la terre.
Añadía que él era el más desdichado de todos los hombres del mundo.
Il ajoutait qu’il était le plus malheureux de tous les hommes du monde.
Después dijo algo mucho peor, que a don Quijote le cambió la cara.
Puis il a dit quelque chose de bien pire, qui a changé le visage de don Quichotte.
Contó que había vencido en combate al mismísimo don Quijote de la Mancha.
Il a prétendu qu’il avait vaincu en combat don Quichotte de la Manche en personne.
«Eso es imposible», respondió nuestro caballero saliendo de entre los árboles.
« Cela est impossible », a répondu notre chevalier en sortant d’entre les arbres.
«Yo soy don Quijote y a mí no me ha vencido nadie todavía».
« Je suis don Quichotte et personne ne m’a encore vaincu. »
«Vos habréis vencido a alguien parecidísimo a mí, pero no a mí».
« Vous aurez battu quelqu’un d’extrêmement semblable à moi, mais pas moi. »
Los dos decidieron pelear en cuanto hubiera luz suficiente para verse.
Tous deux ont décidé de se battre dès qu’il y aurait assez de lumière pour se voir.
Mientras tanto, los escuderos se apartaron un poco a charlar entre ellos.
Pendant ce temps, les deux écuyers se sont écartés un peu pour bavarder entre eux.
El otro llevaba unas alforjas mucho mejor provistas que las de Sancho.
L’autre portait des besaces bien mieux garnies que celles de Sancho.
Había en ellas más vino y más pan blanco del que Sancho recordaba.
Il y avait dedans plus de vin et plus de pain blanc que Sancho n’en gardait le souvenir.
Con la primera luz, Sancho miró la cara del Caballero de los Espejos.
Aux premières lueurs, Sancho a regardé le visage du Chevalier des Miroirs.
Se quedó helado, porque era igualito que el bachiller Sansón Carrasco.
Il est resté glacé, car cet homme était tout le portrait de Sansón Carrasco.
Tenía la misma nariz, la misma boca y hasta la misma manera de mirar.
Il avait le même nez, la même bouche et jusqu’à la même façon de regarder.
Empezó el combate antes de que nadie tuviera tiempo de explicar nada.
Le combat a commencé avant que personne ait eu le temps d’expliquer quoi que ce soit.
Rocinante corrió más deprisa de lo que corría el caballo del otro.
Rossinante a couru plus vite que ne courait le cheval de l’autre.
Don Quijote derribó a su enemigo del primer encuentro, sin apenas esfuerzo.
Don Quichotte a jeté son ennemi à terre du premier choc, presque sans effort.
En el suelo, el vencido tenía exactamente la cara del bachiller del pueblo.
À terre, le vaincu avait exactement le visage du bachelier de leur village.
Sancho gritó que aquello era lo más raro que había visto en su vida.
Sancho a crié que c’était la chose la plus étrange qu’il avait vue de sa vie.
Don Quijote explicó que era el encantamiento más asombroso de cuantos conocía.
Don Quichotte a expliqué que c’était l’enchantement le plus étonnant qu’il connaisse.
Dijo que los magos son tan hábiles como crueles y no se cansan nunca.
Il a dit que les magiciens sont aussi habiles que cruels et qu’ils ne se fatiguent jamais.
Después subió a Rocinante y siguió su camino tan tranquilo como siempre.
Puis il est monté sur Rossinante et a repris sa route, aussi tranquille que toujours.
Detrás quedó Sansón Carrasco, más furioso de lo que había estado nunca.
Derrière eux est resté Sansón Carrasco, plus furieux qu’il ne l’avait jamais été.
Vocabulaire
Comparer
- más que
- plus que
- menos que
- moins que
- tan como
- aussi… que
- tanto como
- autant que
- igual que
- le même que
- parecido a
- semblable à
- mejor que
- meilleur que, mieux que
- peor que
- pire que
Le plus haut degré
- el más de
- le plus de
- el mejor de
- le meilleur de
- sin par
- sans pareil, hors pair
- hermosísima
- extrêmement belle
- parecidísimo
- extraordinairement ressemblant
- mismísimo
- en personne, lui-même
- igualito
- tout le portrait
- asombroso
- étonnant
Le combat
- la armadura
- l’armure
- el espejo
- le miroir
- el encuentro
- le choc, la charge
- derribar
- jeter à terre
- el vencido
- le vaincu
- el escudero
- l’écuyer
- hábil
- habile
- furioso
- furieux
Comparatifs et superlatifs
Sus alforjas estaban mejor provistas que las de Sancho.
Casildea era la más hermosa de la tierra.
Rocinante corrió más deprisa de lo que corría el otro.
Presque tout t’est donné : le français et l’espagnol comparent avec les mêmes pièces, dans le même ordre, et deux des trois pièges classiques du lecteur anglais ne te concernent pas. Il reste trois endroits où ta langue te trahit, et ce sont eux qui comptent.
1. Les quatre moules, qui calquent
| espagnol | chez toi |
|---|---|
| más deprisa que el otro | plus vite que l’autre |
| menos vino que Sancho | moins de vin que Sancho |
| tan hábil como cruel | aussi habile que cruel |
| tanto pan como yo | autant de pain que moi |
Tu as déjà la distinction la plus utile de toute la leçon : tan est ton « aussi » et se met devant un adjectif ou un adverbe, tanto est ton « autant » et se met avec un nom ou un verbe. Une seule différence, et elle s’entend : tanto s’accorde comme un adjectif, tanta agua, tantos libros, tantas piedras, alors que ton « autant de » ne bouge jamais. Retiens aussi que le second terme de l’égalité est como et non que, parce que ton « aussi… que » va te souffler l’autre mot.
2. Le « de » que tu vas mettre en trop
C’est ta faute la plus régulière, et elle vient directement du français. Chez toi, un nom comparé réclame toujours de : plus de vin, moins de pain, autant d'argent. En espagnol, rien du tout : le mot se pose directement sur le nom.
| chez toi | espagnol |
|---|---|
| plus de vin que Sancho | más vino que Sancho |
| moins de pain que moi | menos pan que yo |
| autant de miroirs que lui | tantos espejos como él |
| plus de douze mille livres | más de doce mil libros |
La dernière ligne est le cadeau. Devant un nombre, l’espagnol dit de exactement comme toi, et ton oreille te donne la bonne réponse sans que tu y penses. Mais c’est aussi ce qui rend l’erreur des trois premières lignes coûteuse : más de existe, et il annonce un chiffre. Dire ✗ más de vino, c’est commencer une quantité chiffrée et ne pas la finir.
3. Devant une phrase : de lo que
Ici les deux langues divergent pour de bon, et aucune oreille ne te sauvera. Quand la comparaison est suivie d’un verbe conjugué, l’espagnol abandonne que et dit de lo que.
| chez toi | espagnol |
|---|---|
| il a couru plus vite que ne courait l’autre | corrió más deprisa de lo que corría el otro |
| il y avait plus de vin qu’il n'en gardait le souvenir | había más vino del que recordaba |
Deux choses à retenir. La forme d’abord : de lo que quand on compare une qualité ou une manière, et del que, de la que, de los que, de las que quand ce qu’on compare est un nom, l’article s’accordant avec ce nom. Ensuite, ton ne explétif, celui de « plus vite que ne courait l’autre », n’a aucun équivalent là-bas. Ne le traduis surtout pas : ✗ de lo que no corría el otro dirait le contraire de ce que tu veux dire.
4. Le superlatif, et ton article de trop
| chez toi | espagnol |
|---|---|
| la plus belle de la terre | la más hermosa de la tierra |
| la femme la plus belle | la mujer más hermosa |
| le meilleur de la troupe | el mejor de la compañía |
Le complément du superlatif se met avec de, comme chez toi : la más hermosa del mundo. Le lecteur anglais écrit ici en el mundo, parce que sa langue dit in the world, et c’est sa faute la plus voyante ; ce n’est pas la tienne. La tienne est le double article. Tu dis « la femme la plus belle », avec l’article repris après le nom ; l’espagnol n’en met qu’un seul, tout au début. ✗ la mujer la más hermosa se remarque à la seconde.
5. -ísimo, que tu n’as pas
C’est le seul endroit de la leçon où tu es démuni. Ton -issime survit dans quelques mots figés, « richissime », « rarissime », et il fait plaisanterie dès qu’on s’en sert ailleurs. L’espagnol, lui, colle -ísimo à peu près sur tout, et tous les jours : guapísimo, malísimo, cansadísimo, parecidísimo. Ce n’est pas une comparaison, c’est ton « très » avec le son monté d’un cran. Les seules irrégularités sont d’orthographe : rico donne riquísimo, largo donne larguísimo. Et mismísimo est à part : il veut dire « en personne », comme dans el mismísimo don Quijote.
6. Les quatre irréguliers
| adjectif | comparatif | chez toi |
|---|---|---|
| bueno | mejor | bon → meilleur |
| malo | peor | mauvais → pire |
| grande | mayor | grand → plus grand, plus âgé |
| pequeño | menor | petit → plus petit, plus jeune |
Tes irréguliers sont les mêmes et aux mêmes endroits, et l’espagnol te fait même une remise : mejor couvre à la fois « meilleur » et « mieux », peor à la fois « pire » et « pis », sans que tu aies à choisir entre l’adjectif et l’adverbe. Deux réserves. Le français tolère « plus mauvais » ; l’espagnol ne tolère pas más malo pour parler de qualité, et jamais ✗ más mejor. Et mayor et menor, dans la langue courante, veulent dire plus âgé et plus jeune bien plus souvent que plus grand et plus petit.
Un rival qui est un miroir
Le déguisement est une plaisanterie faite de verre. Un chevalier couvert de petits miroirs est un chevalier qui te montre ton propre visage, et l’homme qui est dans l’armure est un voisin sorti sur les chemins en feignant d’être exactement ce qu’est don Quichotte. Le rival est un reflet, et Cervantes laisse le costume le dire sans un mot de commentaire.
Le plan qu’il y a derrière est très pratique. Sansón Carrasco, le curé et le barbier se sont mis d’accord : pour ramener le vieil homme à la maison, il faut le vaincre en combat singulier et lui imposer, comme pénitence du perdant, une année sans bouger. C’est de nouveau la cage sur la charrette à boeufs, promue de l’enlèvement au théâtre. Et cela échoue, parce que le bachelier peut emprunter une armure mais ne peut pas emprunter ce qui rend don Quichotte dangereux, à savoir qu’il se moque sincèrement de vivre ou non.
Il reviendra. Bien plus tard, au bord de la mer à Barcelone, le même homme reparaît sous le nom de Chevalier de la Blanche Lune, gagne, et impose l’année au village. Cette défaite est le commencement de la fin du roman, et le lecteur qui se souvient de cette nuit dans le bois remarquera que don Quichotte n’est détruit ni par un géant ni par un enchanteur, mais par un voisin qui a eu une bonne idée et qui s’y est repris à deux fois.
Cervantes dans le texte · «Llámola sin par porque no le tiene…»
Llámola sin par porque no le tiene, así en la grandeza del cuerpo como en el estremo del estado y de la hermosura
I call her peerless because she has no peer, alike in the greatness of her body as in the utmost degree of her rank and her beauty
II, 14. C’est le Chevalier des Miroirs qui parle de Casildea, et la phrase est la leçon servie sur un plateau. Sin par est un superlatif bâti par la négative : non pas « le plus » d’un groupe, mais l’affirmation que le groupe n’a qu’un seul membre. Ton « sans pareille » est le même mot et le même geste, et il te donne la tournure gratuitement. Il explique ensuite le terme, porque no le tiene, parce qu’elle n’a pas d’égale, ce qui est le genre de raisonnement circulaire que produisent les chevaliers errants quand ils font l’éloge d’une dame. Así… como est l’ancêtre soutenu du tanto… como d’aujourd’hui : une comparaison d’égalité qui tient deux choses en balance, comme ton « aussi… que ». Et el estremo est le degré ultime, le point au-delà duquel rien ne va. L’orthographe est celle de 1615, avant que le e initial ne se fixe dans extremo ; le même raccourci survit ailleurs dans le roman avec estraño pour extraño. Ce qui rend la phrase drôle plutôt que solennelle, c’est le premier article de la liste. De toutes les qualités qu’on pouvait faire passer avant le rang et la beauté, il choisit la grandeza del cuerpo, la taille de son corps, et ce n’est pas ce qu’un lecteur attend d’un amoureux qui commence son éloge.