Niveau A1 · Leçon 6

Le heaume en carton

Le gentilhomme se fabrique un heaume en carton, l’essaie avec son épée, et apprend à ne pas essayer le second.

Gravure de Gustave Doré : un chevalier seul à cheval, la lance à la main, traversant une vaste plaine vide à l’aube sous des nuages pleins de visions chevaleresques.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Deux voix dans ce texte, et toutes les deux exhibent des possessifs. Le narrateur dit nuestro hidalgo, « notre gentilhomme », et t’embarque ainsi dans la plaisanterie. Et le gentilhomme, lui, parle au heaume comme s’il pouvait répondre : tu cartón, mi espada. Surveille ces petits mots : ils ressemblent beaucoup aux tiens, et c’est justement là le piège.

L’histoire en espagnol facile

Nuestro hidalgo tiene un problema serio: su celada no está entera. Para él, un caballero sin celada no es un caballero.

Notre gentilhomme a un grave problème : son heaume n’est pas complet. À ses yeux, un chevalier sans heaume n’est pas un chevalier.

Trabaja una semana entera con las manos, con cartón y con hierro. Al final, sobre la mesa, está su media celada nueva.

Il travaille une semaine entière de ses mains, avec du carton et du fer. À la fin, là, sur la table, se trouve son nouveau demi-heaume.

El hidalgo mira su obra y habla con ella. «Tu cartón es fuerte y mi espada es dura.»

Le gentilhomme regarde son ouvrage et lui parle. « Ton carton est solide et mon épée est dure. »

«Tu cartón contra mi espada. Ahora es la hora de la verdad.»

« Ton carton contre mon épée. Voici venu le moment de vérité. »

Toma su espada y da dos golpes rápidos. Su celada nueva está en el suelo, en pedazos pequeños.

Il prend son épée et donne deux coups rapides. Son heaume neuf est par terre, en petits morceaux.

El trabajo de una semana es ahora cartón roto.

Une semaine de travail n’est plus que du carton cassé.

Pero nuestro hidalgo es un hombre paciente. Hace otra celada, con unas barras de hierro dentro.

Mais notre gentilhomme est un homme patient. Il fabrique un autre heaume, avec des barres de fer à l’intérieur.

Esta vez no da más golpes con su espada. Para él, su celada es finísima y muy segura.

Cette fois il ne donne plus de coups d’épée. Pour lui, son heaume est superbe et parfaitement sûr.

Vocabulaire

L’atelier

el cartón
le carton
la barra
la barre
la mesa
la table
la obra
l’ouvrage, l’œuvre
la mano
la main

Le désastre

el golpe
le coup
el suelo
le sol, la terre
el pedazo
le morceau
roto / rota
cassé, brisé

Comment c’est

entero / entera
entier, complet
seguro / segura
sûr
paciente
patient
la semana
la semaine

Mi, tu, su, nuestro

Su celada no está entera.

Tu cartón es fuerte y mi espada es dura.

Nuestro hidalgo es un hombre paciente.

Avec la chose, et tu le savais déjà : le français fait pareil. Tu dis son épée pour un homme comme pour une femme, parce que épée est féminin. L’anglais, lui, changerait le mot selon le propriétaire, et c’est pour cela que cette leçon est bien plus facile pour toi que pour un anglophone.

propriétaireune choseplusieurs choses
yo : jemi espadamis armas
tú : tutu cartóntus golpes
él / ella / ustedsu celadasus manos
nosotros : nousnuestro hidalgo / nuestra casanuestros libros / nuestras armas
vosotros : vous (pluriel, Espagne)vuestro caballo / vuestra lanzavuestros días
ellos / ustedessu pueblosus libros

Regarde bien la forme du tableau, parce que c’est là que ton français va te trahir, et de trois façons.

Un. mi, tu et su n’ont que deux formes chacun, singulier et pluriel : pas de masculin ni de féminin. Tu opposes mon et ma, son et sa ; l’espagnol ne le fait pas. Mi espada et mi cartón, le même mot. Ne cherche pas la forme féminine, elle n’existe pas.

Deux. Ce sont nuestro et vuestro qui, eux, ont bien quatre formes, alors que ton notre est invariable en genre. C’est exactement l’inverse de ce que ton oreille attend, et c’est la faute la plus fréquente de tout le niveau A1 chez un francophone.

Trois. L’espagnol n’a pas de leur. Pour plusieurs propriétaires, il redit su : los caballeros y su celada. Ne cherche pas un mot à part, il n’y en a pas.

su est donc le mot le plus chargé de la langue : il veut dire son, sa, leur, et aussi votre quand on vouvoie avec usted. L’espagnol tolère l’ambiguïté parce que le contexte tranche presque toujours, et quand il ne tranche pas, on dit la celada de él ou la celada de ella.

Là où l’espagnol ne met pas de possessif. Avec les parties du corps et les vêtements, il emploie l’article simple : trabaja con las manos, et non con sus manos. Encore un cadeau : le français fait exactement la même chose, tu dis « il travaille de ses mains » mais surtout « il se lave les mains » et jamais « ses mains ». Suis ton instinct, il est bon.

Les pièces d’une armure

Une armure est un puzzle de fer, et chaque pièce porte son nom : le peto sur la poitrine, l’espaldar dans le dos, les brazales sur les bras, les guanteletes sur les mains, les quijotes sur les cuisses, les grebas sur les tibias, et la celada sur la tête.

La celada est la pièce chère : elle se ferme sur le visage et possède une visière qui se relève. Un morrión est le casque ouvert et bon marché que porte un fantassin. Notre gentilhomme possède le bon marché et a besoin du cher, et c’est cet écart qu’une semaine de carton essaie de combler.

Retiens quijote, la pièce de la cuisse. C’est un mot d’armurerie parfaitement réel, et dans deux leçons il se trouvera que c’est le nom qu’il choisit pour lui-même. Un homme fait qui se baptise du nom d’une plaque de métal posée sur la cuisse, voilà le genre de plaisanterie que Cervantes ne prend jamais la peine de souligner.

Cervantes dans le texte · «Y sin querer hacer nueva experiencia della…»

Y sin querer hacer nueva experiencia della, la diputó y tuvo por celada finísima de encaje.

And without caring to test it again, he judged it and held it to be a helmet of the finest workmanship.

Cervantes ne dit jamais que l’homme se ment à lui-même. Il se contente de rapporter que le second essai n’a pas eu lieu, et te laisse faire le calcul. Della est de ella écrit d’un seul mot, tout à fait normal en 1605. Finísima est fina poussée au maximum : superbe, exquise. Ce suffixe -ísimo n’a pas d’équivalent direct en français, où il faut ajouter un adverbe.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.