Niveau A1 · Leçon 5
L’armure de l’arrière-grand-père
Le gentilhomme trouve dans un coin une armure vieille de cent ans, et passe quatre jours à la nettoyer.

Ce que tu sauras faire
- Montrer un objet et dire s’il est ici, là, ou là-bas.
- Manier trois distances là où le français n’en marque que deux.
- Parler d’une chose sans la nommer : esto, eso, aquello.
Avant de lire
Dans ce texte, le gentilhomme montre des choses du doigt sans arrêt : este, ese, aquel. Regarde bien où se trouve chaque objet au moment où il en parle. La distance est tout l’enjeu, et la section de grammaire expliquera pourquoi il y en a trois et non deux, alors que le français se débrouille avec ce et un petit -là collé au bout.L’histoire en espagnol facile
El hidalgo entra en un cuarto oscuro y polvoriento. En un rincón hay unas armas muy viejas.
Le gentilhomme entre dans une pièce sombre et poussiéreuse. Dans un coin il y a une très vieille armure.
Estas armas son de sus bisabuelos. Tienen más de cien años y mucho óxido.
Cette armure appartenait à ses arrière-grands-parents. Elle a plus de cent ans et elle est couverte de rouille.
El hidalgo toma un peto y habla solo delante de todo el hierro. «Este peto es fuerte y esa lanza de ahí es muy larga.»
Le gentilhomme prend un plastron et se parle à lui-même devant tout ce fer. « Ce plastron est solide, et cette lance là-bas est très longue. »
«Y aquella espada del fondo es la espada de un caballero de verdad.»
« Et cette épée-là, au fond, est l’épée d’un vrai chevalier. »
Aquí hay hierro, ahí hay polvo y allí, al fondo, hay más polvo.
Ici il y a du fer, là il y a de la poussière, et là-bas, au fond, il y a encore de la poussière.
Aquello del rincón no es basura: es la historia de su familia. El hidalgo limpia todo esto durante cuatro días.
Tout cela, dans le coin, n’est pas de la ferraille : c’est l’histoire de sa famille. Le gentilhomme nettoie le tout pendant quatre jours.
Pero hay un problema: no tiene celada entera, solo un morrión simple. Eso no es bueno para un caballero andante.
Mais il y a un problème : il n’a pas de heaume, seulement un simple morion. Ce n’est pas convenable pour un chevalier errant.
Vocabulaire
L’armure
- las armas
- l’armure, les armes
- el peto
- le plastron
- la lanza
- la lance
- la espada
- l’épée
- la celada
- le heaume, le casque fermé
- el morrión
- le morion, le casque ouvert
- el hierro
- le fer
La pièce
- el rincón
- le coin (intérieur)
- el fondo
- le fond
- el óxido
- la rouille
- el polvo
- la poussière
- oscuro / oscura
- sombre
La famille
- el bisabuelo
- l’arrière-grand-père
- la familia
- la famille
Este, ese, aquel : les trois distances
Este peto es fuerte.
Esa lanza de ahí es muy larga.
Aquella espada del fondo es magnífica.
La distance. Le français n’a qu’un démonstratif, ce, et quand il veut préciser il colle un -ci ou un -là au bout du nom : ce livre-ci, ce livre-là. Deux réglages, et un bricolage. L’espagnol en a trois, et ils sont dans le mot lui-même. Ils s’alignent sur les trois mots de lieu que tu connais déjà depuis la leçon 2 : aquí, ahí, allí.
| où est la chose | masc. sing. | fém. sing. | masc. plur. | fém. plur. | mot de lieu |
|---|---|---|---|---|---|
| près de moi | este | esta | estos | estas | aquí |
| près de toi | ese | esa | esos | esas | ahí |
| loin de nous deux | aquel | aquella | aquellos | aquellas | allí |
este, c’est le plastron qu’il a dans les mains. ese, c’est la lance appuyée au mur à côté de toi. aquel, c’est celle pour laquelle il faut lever le menton : l’épée qui brille au fond de la pièce.
La bonne nouvelle est que tu as déjà les trois cases dans la tête, puisque tu dis ici, là et là-bas. Il ne s’agit donc pas d’apprendre une distinction nouvelle, mais de la faire porter par le démonstratif au lieu du bout de phrase.
Il y a ensuite trois formes neutres : esto, eso, aquello. Là encore le français t’a préparé, avec ceci, cela et ça. On les emploie quand la chose n’a pas encore de nom, ou quand on désigne une situation entière plutôt qu’un objet : esto no es basura, tout ça n’est pas de la ferraille. Eso no es bueno, cela ne vaut rien. Comme ceci et cela, les neutres ne se mettent jamais devant un nom : esto peto n’existe pas, pas plus que « ceci plastron ».
Dernière chose, et celle-là est gratuite : le démonstratif remplace l’article, exactement comme en français. Tu dis ce plastron et non « le ce plastron » ; l’espagnol dit este peto et jamais el este peto. Ton réflexe est le bon.
(Dans les livres anciens tu verras éste avec un accent. L’accent a été supprimé. Ne l’écris pas.)
Une armure déjà bonne pour le musée
Voici la plaisanterie que les premiers lecteurs saisissaient aussitôt et qui nous échappe. Cette armure n’était pas seulement vieille : elle était inutile. Cent ans plus tôt, un homme en armure à cheval décidait des batailles. En 1605, les armées espagnoles se battaient en tercios, des blocs de piquiers avec des arquebusiers aux angles, et aucune épaisseur de fer n’arrête une balle de plomb. L’armure complète s’était réduite à un costume de parade et à un plastron pour les officiers.
Alors l’armure pendue à un clou dans une maison d’hidalgo faisait le même travail qu’une vieille photographie sur une cheminée : prouver qu’il y avait eu jadis un arrière-grand-père dont il valait la peine de se souvenir. Tous les lecteurs de 1605 connaissaient une maison comme celle-là. Notre gentilhomme est le seul homme d’Espagne qui décroche la décoration et l’enfile.
Et il y passe quatre jours, détail qui vend la mèche. La rouille ne part pas. Il ne prépare pas une bataille : il astique une relique et appelle cela des préparatifs.
Cervantes dans le texte · «Y lo primero que hizo fue limpiar unas armas que…»
Y lo primero que hizo fue limpiar unas armas que habían sido de sus bisabuelos, que, tomadas de orín y llenas de moho, luengos siglos había que estaban puestas y olvidadas en un rincón.
The first thing he did was to clean up some armour that had belonged to his great-grandparents and which, eaten with rust and covered with mould, had lain forgotten in a corner for long ages.
Trois mots que tu possèdes déjà : armas, bisabuelos, rincón. Orín est le vieux mot pour la rouille, et luengos siglos veut dire « de longs siècles » : Cervantes exagère, et il le sait. Note au passage luengos, forme ancienne de largos, où le -ue- trahit l’espagnol médiéval.