Niveau C1 · Deuxième partie, chapitre 20
Tanto vales cuanto tienes : Sancho aux noces
Aux noces les plus riches de la Manche, Sancho explique comment marche le monde en quatre proverbes et un jeu de mots. La formule el tener y el no tener est citée en Espagne depuis. Cette unité porte sur le son de l’argumentation orale : le chiasme, la rime, et les vieilles comparaisons avec tanto et cuanto.
Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit
Miguel de Cervantes, Deuxième partie, chapitre 20. Domaine public, et ni adapté, ni raccourci, ni modernisé en quoi que ce soit.
¡A la barba de las habilidades de Basilio!, que tanto vales cuanto tienes, y tanto tienes cuanto vales. Dos linajes solos hay en el mundo, como decía una agüela mía, que son el tener y el no tener, aunque ella al del tener se atenía; y el día de hoy, mi señor don Quijote, antes se toma el pulso al haber que al saber: un asno cubierto de oro parece mejor que un caballo enalbardado. Así que vuelvo a decir que a Camacho me atengo, de cuyas ollas son abundantes espumas gansos y gallinas, liebres y conejos; y de las de Basilio serán, si viene a mano, y aunque no venga sino al pie, aguachirle.
Au diable les talents de Basilio ! Car tu vaux autant que tu as, et tu as autant que tu vaux. Il n’y a que deux lignées au monde, comme disait une grand-mère à moi, et ce sont l’avoir et le n’avoir pas, même si elle, elle s’en tenait à l’avoir. Et de nos jours, monseigneur don Quichotte, on prend le pouls de ce qu’on possède avant celui de ce qu’on sait : un âne couvert d’or a meilleure allure qu’un cheval bâté. Je redis donc que je m’en tiens à Camacho, dont les marmites donnent pour écume des oies et des poules, des lièvres et des lapins en quantité, alors que de celles de Basilio il sortira, si ça vient sous la main, et même si ça ne vient que sous le pied, de l’eau de vaisselle.
La même chose en espagnol d’aujourd’hui
Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.
¡Eso para las habilidades de Basilio!, que tanto vales cuanto tienes, y tanto tienes cuanto vales. Solo hay dos linajes en el mundo, como decía una abuela mía, que son el tener y el no tener, aunque ella se quedaba con el del tener. Y hoy en día, mi señor don Quijote, se le toma antes el pulso al dinero que al saber: un burro cubierto de oro parece mejor que un caballo con albarda. Así que vuelvo a decir que me quedo con Camacho, de cuyas ollas salen gansos y gallinas, liebres y conejos a montones, mientras que de las de Basilio saldrá, con suerte, y aun sin ella, agua de fregar.
Ce qui a changé, forme par forme
| Dans le texte | Aujourd’hui | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| a la barba de | en las narices de | Mot à mot à la barbe de, exactement comme ton français. Au nez de quelqu’un, en le défiant. |
| tanto vales cuanto tienes | lo mismo hoy | Tanto ... cuanto, la vieille comparaison d’égalité. Aujourd’hui tanto ... como, sauf dans ce proverbe. |
| dos linajes solos hay | solo hay dos linajes | Le nombre et l’adjectif devant, le verbe après. L’ordre qu’emploie un proverbe pour sonner comme un proverbe. |
| agüela | abuela | Une prononciation rurale, qu’on entend encore à la campagne. |
| el tener y el no tener | lo mismo hoy | Des infinitifs employés comme noms, avec l’article. C’est la formule dont tout lecteur espagnol se souvient. |
| al del tener se atenía | se quedaba con el del tener | Atenerse a, s’en tenir à. Et un jeu de mots : tener, atenía. |
| antes se toma el pulso al haber que al saber | importa más el dinero que el saber | Haber comme nom, au sens de biens, qui survit en comptabilité : el debe y el haber. Et haber rime avec saber. |
| enalbardado | con albarda | Qui porte un bât, autrement dit une bête de travail. |
| aguachirle | agua sucia, caldo sin sustancia | Un bouillon clair et sans goût. Se dit encore d’un café trop léger. |
La syntaxe
Le discours de Sancho est encore une chaîne de proverbes, mais cette fois il construit en chiasme : tanto vales cuanto tienes, y tanto tienes cuanto vales, les mêmes mots inversés. Puis la rime entre haber et saber, puis le jeu entre tener et atenerse, puis un calembour sur mano et pie. La grammaire est simple et les phrases sont lâches. Tout le travail est fait par le son.
Ce qu’entend un lecteur espagnol
Sancho choisit son camp à une noce : le riche Camacho, qui paie le festin, ou le pauvre et habile Basilio, qui aime la mariée. Don Quichotte vient de le traiter de vilain qui acclame toujours le vainqueur, et Sancho répond avec la philosophie de sa grand-mère, deux lignées, l’avoir et le n’avoir pas. C’est drôle parce qu’il tient une marmite pleine d’oies pendant qu’il le dit. C’est aussi la critique sociale la plus exacte du livre, et Cervantès la met dans la bouche de l’homme que personne n’écoute. Au chapitre suivant, Basilio gagne la mariée par une ruse.
Là où le cours t’y prépare
- Para que et a fin de que : le subjonctif de butLeçon 67Les noces de Camacho le riche