C1 · Deuxième partie, chapitre 17

¿Leoncitos a mí ? L’aventure des lions

Une charrette qui transporte deux lions pour le roi descend la route, et don Quichotte ordonne au gardien d’ouvrir les cages. Sa réaction à la nouvelle est l’une des répliques les plus connues de la deuxième partie, et elle repose sur un diminutif. Cette unité porte sur ce que -ito sait faire en espagnol à part rendre les choses petites.

Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit

Miguel de Cervantes, Deuxième partie, chapitre 17. Sans adaptation.

¿Leoncitos a mí? ¿A mí leoncitos, y a tales horas? Pues, ¡por Dios que han de ver esos señores que acá los envían si soy yo hombre que se espanta de leones! Apeaos, buen hombre, y, pues sois el leonero, abrid esas jaulas y echadme esas bestias fuera, que en mitad desta campaña les daré a conocer quién es don Quijote de la Mancha, a despecho y pesar de los encantadores que a mí los envían.

Des lionceaux, à moi ? À moi, des lionceaux, et à cette heure-ci ? Eh bien, par Dieu, ces messieurs qui me les envoient verront si je suis homme à avoir peur des lions ! Descendez, brave homme, et puisque vous êtes le gardien des lions, ouvrez ces cages et lâchez-moi ces bêtes dehors, car au milieu de cette campagne je leur ferai connaître qui est don Quichotte de la Manche, en dépit et malgré les enchanteurs qui me les envoient.

La même chose en espagnol d’aujourd’hui

Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.

¿Leoncitos a mí? ¿A mí leoncitos, y a estas horas? ¡Pues, por Dios, que van a ver esos señores que los mandan si soy yo hombre que se asusta de los leones! Bájese, buen hombre, y ya que es el leonero, abra esas jaulas y sáqueme esas fieras, que en medio de este campo les voy a enseñar quién es don Quijote de la Mancha, a pesar de los encantadores que me los envían.

Ce qui a changé, forme par forme

Dans le texteAujourd’huiPourquoi ça compte
LeoncitosleoncitosUn diminutif de mépris. Ce sont des lions adultes, et -ito en fait des jouets.
¿A mí leoncitos?lo mismo hoyLe a mí placé en tête sans verbe, c’est encore ainsi qu’un Espagnol se hérisse : ¿a mí me dices eso ?
a tales horasa estas horasÀ une heure pareille. Se dit de ce qui arrive trop tard pour être pris au sérieux.
han de vervan a verHaber de pour le futur, avec une note de menace.
ApeaosbájeseUn impératif de vos avec le pronom collé. Le d de apead tombe devant os.
sois el leoneroes el leoneroVos au gardien, un homme de rang inférieur.
echadme esas bestias fuerasáqueme esas fierasUn datif d’intérêt. Lâchez-les-moi, contre moi.
campañacampoCampaña au vieux sens de rase campagne. Aujourd’hui le mot veut dire campagne au sens militaire ou électoral.
a despecho y pesar dea pesar deUne formule redoublée. Seule la seconde moitié a survécu.

La syntaxe

Tout le discours tient au a mí placé en tête. L’espagnol peut mettre le complément indirect au début d’une phrase sans verbe du tout, ¿A mí leoncitos ?, et l’effet est l’indignation, hier comme aujourd’hui. Don Quichotte le dit deux fois, dans les deux ordres, exactement comme le fait quelqu’un en colère. Ensuite la syntaxe se calme en ordres, apeaos, abrid, echadme, chacun avec sa terminaison de vos et son pronom collé.

Ce qu’entend un lecteur espagnol

C’est la seule aventure du livre où le danger est réel. Les lions sont de vrais lions, la cage est vraiment ouverte, et don Quichotte se tient vraiment devant elle l’épée à la main. Le lion le regarde, bâille, se retourne et se recouche. Ensuite il change de titre et passe de Chevalier de la Triste Figure à Chevalier des Lions, et le gentilhomme au caban vert qui a tout vu ne sait pas s’il a vu un fou ou un héros. Le lecteur non plus, et c’est exactement ce que veut Cervantès.

Là où le cours t’y prépare