C2 · Deuxième partie, chapitre 60
Roque Guinart : un bandit s’explique
Dans les bois près de Barcelone, don Quichotte est capturé par des bandits dont le chef est un homme réel, le hors-la-loi catalan Perot Rocaguinarda. Roque explique sa vie au chevalier avec dignité et une chaîne d’images sur la vengeance. Cette unité porte sur la façon dont le roman laisse entrer l’histoire, et sur la grammaire d’un homme qui se sait pris au piège.
Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit
Miguel de Cervantes, Deuxième partie, chapitre 60. Sans adaptation.
Nueva manera de vida le debe de parecer al señor don Quijote la nuestra, nuevas aventuras, nuevos sucesos, y todos peligrosos; y no me maravillo que así le parezca, porque realmente le confieso que no hay modo de vivir más inquieto ni más sobresaltado que el nuestro. A mí me han puesto en él no sé qué deseos de venganza, que tienen fuerza de turbar los más sosegados corazones; yo, de mi natural, soy compasivo y bien intencionado; pero, como tengo dicho, el querer vengarme de un agravio que se me hizo, así da con todas mis buenas inclinaciones en tierra, que persevero en este estado, a despecho y pesar de lo que entiendo; y, como un abismo llama a otro y un pecado a otro pecado, hanse eslabonado las venganzas de manera que no sólo las mías, pero las ajenas tomo a mi cargo; pero Dios es servido de que, aunque me veo en la mitad del laberinto de mis confusiones, no pierdo la esperanza de salir dél a puerto seguro.
Une nouvelle manière de vivre doit paraître la nôtre au seigneur don Quichotte, de nouvelles aventures, de nouveaux événements, et tous dangereux. Et je ne m’étonne pas qu’il lui paraisse ainsi, car en vérité je lui confesse qu’il n’y a pas de façon de vivre plus inquiète ni plus pleine d’alarmes que la nôtre. Ce qui m’y a mis, ce sont je ne sais quels désirs de vengeance, qui ont la force de troubler les cœurs les plus paisibles. Je suis de mon naturel compatissant et bien intentionné, mais, comme je l’ai dit, le désir de me venger d’un affront qu’on m’a fait jette si bien à terre toutes mes bonnes inclinations que je persévère dans cet état, en dépit de ce que je comprends. Et comme un abîme appelle un autre abîme et un péché un autre péché, les vengeances se sont enchaînées de telle sorte que je prends à ma charge non seulement les miennes, mais aussi celles des autres. Mais Dieu veut bien que, quoique je me voie au milieu du labyrinthe de mes confusions, je ne perde pas l’espoir d’en sortir pour un port sûr.
La même chose en espagnol d’aujourd’hui
Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.
Una nueva manera de vivir le debe de parecer al señor don Quijote la nuestra, nuevas aventuras, nuevos sucesos, y todos peligrosos. Y no me extraña que así le parezca, porque de verdad le confieso que no hay modo de vivir más inquieto ni con más sobresaltos que el nuestro. A mí me han metido en él no sé qué deseos de venganza, que tienen fuerza para alterar los corazones más tranquilos. Yo, por naturaleza, soy compasivo y bienintencionado, pero, como ya he dicho, el querer vengarme de una ofensa que me hicieron echa por tierra de tal manera todas mis buenas inclinaciones que sigo en este estado, a pesar de lo que entiendo. Y como un abismo llama a otro y un pecado a otro pecado, las venganzas se han ido encadenando de modo que no solo me encargo de las mías, sino también de las ajenas. Pero Dios quiere que, aunque me veo en medio del laberinto de mis confusiones, no pierda la esperanza de salir de él a puerto seguro.
Ce qui a changé, forme par forme
| Dans le texte | Aujourd’hui | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| le debe de parecer al señor don Quijote | le debe de parecer | Roque parle de don Quichotte à la troisième personne en sa présence, el señor don Quijote. Deber de pour une supposition. |
| no me maravillo | no me extraña | Maravillarse, s’étonner. Toujours correct, et un peu soutenu. |
| sobresaltado | lleno de sobresaltos | Un sobresalto est une frayeur soudaine. L’adjectif décrit la vie, pas l’homme. |
| no sé qué deseos | no sé qué deseos | No sé qué devant un nom, au sens de quelque. Toujours employé, et toujours vague exprès. Ton je ne sais quel fait pareil. |
| de mi natural | por naturaleza | Natural comme nom, le tempérament. Se dit encore : es de natural tímido. |
| el querer vengarme | el querer vengarme | Un infinitif sujet, avec l’article, un pronom et son propre complément. |
| así da con ... en tierra, que | echa por tierra de tal manera ... que | Así ... que, tellement que. Dar con algo en tierra, jeter quelque chose à terre. |
| un abismo llama a otro | lo mismo hoy | Du psaume 42, abyssus abyssum invocat. L’espagnol l’emploie encore. |
| hanse eslabonado | se han encadenado | Un eslabón est un maillon de chaîne. Pronom collé à haber en tête de proposition. |
| no sólo las mías, pero las ajenas | no solo las mías, sino también las ajenas | No sólo ... pero, là où aujourd’hui il faut sino también. |
| Dios es servido de que | Dios quiere que | Ser servido de, daigner. Le vieux verbe de cour, employé pour Dieu. |
La syntaxe
Le discours de Roque va du général au personnel. Il commence par deviner ce que pense don Quichotte, avec deber de, puis généralise sur la vie des bandits, et seulement ensuite dit yo. La phrase centrale est une concession sur sa propre nature, yo, de mi natural, soy compasivo, suivie de pero et d’une consécutive, así da con todas mis buenas inclinaciones en tierra, que persevero. Puis la chaîne des vengeances s’exprime en chaîne syntaxique : como un abismo llama a otro y un pecado a otro pecado.
Ce qu’entend un lecteur espagnol
Roque Guinart est l’une des très rares personnes réelles et vivantes qui apparaissent comme personnages dans le roman. Perot Rocaguinarda était un bandit catalan gracié quelques années plus tôt seulement, et ses hommes crient ici en catalan, lladres. Le rêve chevaleresque est donc arrivé dans un lieu réel, Barcelone, au milieu de vraies querelles de factions, et le chevalier rencontre un homme dont le code d’honneur est aussi réel et aussi meurtrier que le sien est imaginaire. Roque parle plus noblement que quiconque à la cour du duc, et c’est un hors-la-loi.
Là où le cours t’y prépare
- Cause et conséquence : comment on finit là où l’on finitLeçon 86Roque Guinart, le bandit
