C1 · Deuxième partie, chapitre 42
Les conseils de don Quichotte à Sancho gouverneur
Avant que Sancho parte gouverner son île, don Quichotte lui donne une liste de conseils dans le style des anciens miroirs des princes. C’est sérieux, sage, et adressé à un homme qui a gardé les cochons, détail que Sancho corrige aussitôt. Cette unité porte sur haber de comme verbe du devoir, et sur une conversation en deux registres qui se respectent.
Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit
Miguel de Cervantes, Deuxième partie, chapitre 42. Sans adaptation.
Primeramente, ¡oh hijo!, has de temer a Dios, porque en el temerle está la sabiduría, y siendo sabio no podrás errar en nada. Lo segundo, has de poner los ojos en quien eres, procurando conocerte a ti mismo, que es el más difícil conocimiento que puede imaginarse. Del conocerte saldrá el no hincharte como la rana que quiso igualarse con el buey, que si esto haces, vendrá a ser feos pies de la rueda de tu locura la consideración de haber guardado puercos en tu tierra. — Así es la verdad —respondió Sancho—, pero fue cuando muchacho; pero después, algo hombrecillo, gansos fueron los que guardé, que no puercos; pero esto paréceme a mí que no hace al caso, que no todos los que gobiernan vienen de casta de reyes.
Premièrement, ô mon fils, tu dois craindre Dieu, car c’est dans cette crainte qu’est la sagesse, et étant sage tu ne pourras te tromper en rien. Deuxièmement, tu dois garder les yeux sur qui tu es, en tâchant de te connaître toi-même, ce qui est la connaissance la plus difficile qu’on puisse imaginer. De te connaître viendra que tu ne t’enfleras pas comme la grenouille qui voulut égaler le bœuf, car si tu le fais, le souvenir d’avoir gardé les cochons dans ton village sera les vilains pieds sous la roue de ta folie. C’est bien vrai, répondit Sancho, mais c’était quand j’étais gamin. Plus tard, un peu plus homme, ce sont des oies que j’ai gardées, et pas des cochons. Mais il me semble que ça ne fait rien à l’affaire, car tous ceux qui gouvernent ne sont pas de race de rois.
La même chose en espagnol d’aujourd’hui
Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.
En primer lugar, hijo mío, has de temer a Dios, porque en temerle está la sabiduría, y siendo sabio no podrás equivocarte en nada. En segundo lugar, tienes que fijarte en quién eres y procurar conocerte a ti mismo, que es el conocimiento más difícil que puede imaginarse. De conocerte saldrá el no hincharte como la rana que quiso igualarse al buey, porque si lo haces, el recuerdo de haber guardado cerdos en tu pueblo será como las patas feas del pavo real bajo la cola abierta de tu locura. Así es, respondió Sancho, pero eso fue de niño. Después, ya un poco hombre, lo que guardé fueron gansos, no cerdos. Pero me parece que eso no viene al caso, que no todos los que gobiernan vienen de familia de reyes.
Ce qui a changé, forme par forme
| Dans le texte | Aujourd’hui | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| has de temer | debes temer, tienes que temer | Haber de pour le devoir. Toute la liste de conseils est bâtie dessus. |
| en el temerle | en temerle | Un infinitif avec un article et un pronom collé, employé comme nom. |
| poner los ojos en | fijarse en | Poser les yeux sur. Toujours employé. |
| Del conocerte saldrá el no hincharte | de conocerte saldrá el no hincharte | Deux infinitifs avec article, le second nié. Une façon très ramassée de dire qu’une chose mène à une autre. |
| la rana que quiso igualarse con el buey | lo mismo hoy | La grenouille d’Ésope, qui creva en voulant se faire aussi grosse que le bœuf. Ton La Fontaine la connaît. |
| feos pies de la rueda | las patas feas del pavo real | Le paon admire sa queue déployée, sa rueda, jusqu’à ce qu’il regarde ses pieds. Un lieu commun de l’époque. |
| cuando muchacho | cuando era niño | Cuando avec un nom et sans verbe. Vit encore : cuando niño, cuando joven. |
| algo hombrecillo | ya un poco hombre | Un diminutif précédé de algo. Un peu petit homme. |
| no hace al caso | no viene al caso | Hacer al caso, venir à propos. Toujours employé, tout comme venir al caso. |
| casta de reyes | familia de reyes | Casta pour le lignage, le mot qui a pris plus tard un sens plus sombre. |
La syntaxe
Les conseils sont numérotés, primeramente, lo segundo, et chacun est bâti sur haber de suivi d’un infinitif, has de temer, has de poner, l’espagnol soutenu de l’obligation. La logique procède par conséquences : de la crainte vient la sagesse, de la sagesse l’absence d’erreur, de la connaissance de soi l’absence d’orgueil, chaque étape introduite par un nom fait d’un infinitif. Sancho répond par trois propositions courtes qui commencent chacune par pero, et c’est ainsi qu’un homme ordinaire corrige les faits sans contredire l’argument.
Ce qu’entend un lecteur espagnol
C’est le passage le plus sérieux de la deuxième partie, et tout le monde y est sincère sauf le duc et la duchesse, qui ont monté tout ce gouvernement comme une farce. Les conseils de don Quichotte sont vraiment bons, tirés de la tradition classique des conseils aux princes, et Sancho les suivra. Et sa correction est parfaite : c’étaient des oies, pas des cochons. Le rappel de ses origines ne le vexe pas, seule l’inexactitude le gêne, et sa dernière phrase, que tous ceux qui gouvernent ne sont pas de race de rois, est une déclaration politique que personne à la table du duc n’oserait faire.
Là où le cours t’y prépare
- Comment parle un papier officielLeçon 78Sancho Panza prend possession de l’île
