Niveau A2 · Leçon 34
Le bachelier qui venait de Baeza
La bagarre finie, don Quichotte veut savoir qui étaient ces gens et où ils portaient le corps. La réponse lui retire l’aventure des mains.

Ce que tu sauras faire
- Réunir deux phrases en une seule avec que, donde et quien.
- Préciser de quelle personne ou de quelle chose tu parles.
- Décrire un lieu en disant ce qui s’y est passé.
Avant de lire
Toute cette scène est un homme à terre qui répond à des questions : qui il est, d’où il vient, où il va. Pour répondre, l’espagnol accroche sans arrêt une phrase à une autre avec trois petits mots : que, donde et quien. En lisant, regarde ce qui se trouve juste devant chacun d’eux, et surtout demande-toi lequel de tes deux mots à toi, qui ou que, tu aurais employé. C’est là que toute la leçon se joue.L’histoire en espagnol facile
Después de la pelea, el campo quedó lleno de antorchas en el suelo.
Après la bagarre, le champ resta plein de torches par terre.
Don Quijote se acercó al hombre que estaba debajo de la mula.
Don Quichotte s’approcha de l’homme qui était sous la mule.
«Decidme quién sois y de dónde venís.»
« Dites-moi qui vous êtes et d’où vous venez. »
«Me llamo Alonso López y soy de Alcobendas.»
« Je m’appelle Alonso López et je suis d’Alcobendas. »
«Soy el bachiller que acompaña este cuerpo muerto.»
« Je suis le bachelier qui accompagne ce corps mort. »
«Venimos de Baeza, que es la ciudad donde murió el caballero.»
« Nous venons de Baeza, qui est la ville où le chevalier est mort. »
«Vamos a Segovia, donde está su sepultura.»
« Nous allons à Ségovie, où se trouve sa sépulture. »
«¿Y quién lo mató?», preguntó don Quijote muy serio.
« Et qui l’a tué ? » demanda don Quichotte, très grave.
«Nadie. Murió de unas fiebres que duraron muchos días.»
« Personne. Il est mort de fièvres qui ont duré bien des jours. »
El caballero bajó la lanza y no dijo nada durante un rato.
Le chevalier baissa sa lance et resta un moment sans rien dire.
«Entonces aquí no hay muerte que vengar», contestó al final.
« Alors il n’y a ici aucune mort à venger », répondit-il enfin.
«Yo soy el hombre que endereza los tuertos de este mundo.»
« Je suis l’homme qui redresse les torts de ce monde. »
El bachiller miró su pierna rota y no contestó nada.
Le bachelier regarda sa jambe cassée et ne répondit rien.
Sancho llegó con un costal donde llevaba pan, queso y vino.
Sancho arriva avec une besace où il portait du pain, du fromage et du vin.
Ayudó a sacar al bachiller, que subió otra vez a su mula.
Il aida à dégager le bachelier, qui remonta sur sa mule.
Antes de marcharse, Sancho le dio un recado para sus compañeros.
Avant de s’en aller, Sancho lui donna un message pour ses compagnons.
«Decidles que el valiente que os venció es don Quijote de la Mancha.»
« Dites-leur que le brave qui vous a vaincus est don Quichotte de la Manche. »
«Es el caballero a quien llaman el de la Triste Figura.»
« C’est le chevalier qu’on appelle celui à la Triste Figure. »
Don Quijote preguntó por qué le daba aquel nombre.
Don Quichotte demanda pourquoi il lui donnait ce nom-là.
«Porque a la luz de la antorcha vuestra cara daba miedo.»
« Parce qu’à la lumière de la torche votre visage faisait peur. »
«Y porque os faltan las muelas que perdisteis con las piedras.»
« Et parce qu’il vous manque les dents que vous avez perdues avec les pierres. »
Don Quijote se rió, pero se quedó con el nombre.
Don Quichotte rit, mais il garda le nom.
Desde aquella noche fue el Caballero de la Triste Figura.
Depuis cette nuit-là il fut le Chevalier à la Triste Figure.
Vocabulaire
Qui est qui
- el bachiller
- le bachelier
- el compañero
- le compagnon
- el valiente
- le brave
- el escudero
- l’écuyer
- el difunto
- le défunt
D’où et vers où
- la ciudad
- la ville
- la sepultura
- la sépulture
- el camino real
- le chemin royal
- la legua
- la lieue
- el pueblo
- le village
Raconter et demander
- el recado
- le message
- la razón
- la raison
- enderezar
- redresser
- el tuerto
- le tort, l’injustice
- quedarse con
- garder
Les relatifs : que, donde, quien
Soy el bachiller que acompaña este cuerpo muerto.
Vamos a Segovia, donde está su sepultura.
Es el caballero a quien llaman el de la Triste Figura.
Un relatif prend une phrase entière et l’accroche à un nom, pour que celui qui écoute sache de quelle personne ou de quelle chose tu parles. Tu fais cela tous les jours, et l’espagnol le fait comme toi. La différence tient en une phrase : là où ta langue trie, l’espagnol ne trie pas.
Ton qui et ton que se fondent en un seul que
C’est le point de la leçon, et c’est presque le seul. En français, tu choisis selon la fonction : qui quand le relatif est sujet, que quand il est complément d’objet direct. L’homme qui était sous la mule, mais les dents que tu as perdues. L’espagnol ne fait pas ce partage. Un seul mot, que, couvre les deux, et il se moque aussi de savoir si le nom d’avant est une personne ou une chose.
| chez toi | espagnol | fonction |
|---|---|---|
| l’homme qui était sous la mule | el hombre que estaba debajo de la mula | sujet |
| les dents que vous avez perdues | las muelas que perdisteis | COD |
| les fièvres qui ont duré des jours | unas fiebres que duraron muchos días | sujet, et une chose |
Une seule chose à retenir, donc : quand tu hésites entre qui et que, la réponse espagnole est que dans les deux cas.
donde, c’est ton où
Quand le nom d’avant est un lieu, l’espagnol prend donde, exactement là où tu prends où : Baeza, donde murió el caballero, la ville où le chevalier est mort. On peut aussi dire en el que, c’est parfaitement correct, mais donde est ce que les gens disent. Un seul écart, et il est orthographique : ton où garde son accent partout, pour ne pas se confondre avec ou. Le donde relatif espagnol, lui, n’en porte pas. Seule la question en met un : ¿de dónde venís?
quien, pour les personnes, après une préposition
Ici encore tu es en terrain connu, parce que ton qui fait le même travail après une préposition : l’homme à qui je parle, les messieurs avec qui il voyageait.
| espagnol | chez toi |
|---|---|
| el caballero a quien llaman así | le chevalier qu’on appelle ainsi |
| los señores con quienes viajaba | les messieurs avec qui il voyageait |
| el hombre de quien hablo | l’homme dont je parle |
Quien a un pluriel, quienes, qui s’accorde avec les personnes désignées, ce que ton qui ne fait jamais. Et il peut se passer de nom devant, avec le sens de celui qui : quien mucho habla, mucho yerra, qui parle beaucoup se trompe beaucoup. Ce tour-là, tu l’as aussi, dans tes proverbes.
Le piège qui t’est réservé : dont
Ton dont n’a pas de mot espagnol. Il faut le démonter en préposition plus relatif, et choisir entre les personnes et les choses :
| chez toi | espagnol |
|---|---|
| l’homme dont je parle | el hombre de quien hablo, ou del que hablo |
| le livre dont je parle | el libro del que hablo |
| le chevalier dont la sépulture est à Ségovie | el caballero cuya sepultura está en Segovia |
La dernière ligne est pour plus tard, mais retiens dès maintenant que dont ne se traduit jamais par un seul mot, et jamais par que tout seul.
La virgule, comme chez toi
Sans virgule, tu désignes lesquels parmi plusieurs. Avec virgule, tu ajoutes un renseignement sur quelqu’un déjà identifié. Le partage est le même dans les deux langues, il n’y a rien à apprendre, seulement à ne pas oublier la virgule.
| espagnol | ce que cela veut dire |
|---|---|
| Los hombres que huyeron eran doce. | Seulement ceux qui ont fui. D’autres sont restés. |
| Los hombres, que huyeron, eran doce. | Tous les douze, et d’ailleurs ils ont fui. |
Aucun relatif ne porte d’accent
Le mot qui interroge porte un accent écrit, le relatif n’en porte pas, et les deux se croisent dans ce chapitre même. ¿Quién sois? contre a quien llaman. ¿De dónde venís? contre Segovia, donde está su sepultura. Même mot, deux métiers, et le tilde est la façon qu’a l’espagnol de te dire lequel.
Bacheliers, licenciés et le latin de l’Église
Regarde ce que l’homme à terre fait de son propre nom. Coincé sous une mule, une lance devant la figure, il annonce qu’il est licenciado. Une minute plus tard, calmé, il se corrige : il n’est que bachiller. C’étaient de vrais barreaux d’une vraie échelle. Bachelier, licencié, docteur, dans cet ordre, et celui du milieu pesait réellement dans un pays où le diplôme était l’un des rares moyens de monter quand on n’avait pas de terres. Cervantes le laisse se gonfler puis se dégonfler tout seul, ce qui te dit tout du personnage en quatre mots.
La prétention n’est pas que de la vanité. Il dit aussi avoir reçu les premiers ordres, c’est-à-dire les ordres mineurs, et cela change son statut juridique. Porter la main sur un clerc entraînait l’excommunication automatique, et c’est pourquoi il plaide le sacrilège plutôt que la pitié. Don Quichotte, quand le bachelier lui jette le canon latin à la figure, répond qu’il n’a pas porté la main sur personne, il a porté une lance, et s’éloigne content de la distinction.
La géographie est exacte elle aussi. Baeza et Ségovie sont à trois cents kilomètres l’une de l’autre, à travers toute la Castille. Douze prêtres promenant un cadavre sur cette distance et de nuit, et la plaisanterie du redresseur de torts faite par un homme dont la jambe vient d’être tordue pour toujours : ce chapitre est bâti sur ces deux choses.
Cervantes dans le texte · «diráles vuestra merced que es el famoso don Quijote…»
diráles vuestra merced que es el famoso don Quijote de la Mancha, que por otro nombre se llama el Caballero de la Triste Figura
your worship will tell them that it is the famous Don Quixote of La Mancha, who by another name is called the Knight of the Sorrowful Face
Deux que dans la même ligne, et ils ne font pas du tout le même travail, ce qui vaut la peine qu’on s’arrête. Le premier est une conjonction : il ouvre ce qui est dit, c’est ton que de dites-leur que. Le second est le relatif de la leçon, et il renvoie à don Quichotte lui-même : là, tu aurais écrit qui. Ta langue emploie deux mots différents, l’espagnol le même deux fois de suite, et apprendre à sentir la différence t’ouvre la moitié de la subordination espagnole. L’autre plaisir de la phrase, c’est de savoir qui parle. Le nom qui suivra don Quichotte jusqu’au bout du livre n’est choisi ni par lui ni par le narrateur. Il est inventé par un paysan illettré, debout dans un champ obscur, qui regarde à la lueur d’une torche le visage abîmé de son maître ; après quoi le chevalier passe une page à expliquer qu’un sage enchanteur a dû le mettre dans la bouche de Sancho.