Niveau A2 · Leçon 25

L’étudiant qui mourut d’amour

Près du feu, un chevrier raconte l’histoire de Grisóstomo et de la bergère Marcela.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte à terre roué de coups de lance par un muletier, des marchands de soie regardant la scène du haut de leurs montures.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Pour la première fois, les deux passés travaillent dans le même paragraphe. Le partage est le tien : l’imparfait peint le fond, l’indefinido fait les pas du récit. Regarde comment chaque paragraphe les mélange, et surtout ce qui arrive juste après un día.

L’histoire en espagnol facile

Aquella noche, junto al fuego, un cabrero llamado Pedro contó una historia triste.

Cette nuit-là, près du feu, un chevrier nommé Pedro raconta une histoire triste.

En el pueblo vivía un estudiante rico y muy listo. Se llamaba Grisóstomo.

Au village vivait un étudiant riche et très intelligent. Il s’appelait Grisóstomo.

Volvió de Salamanca con muchos libros. Sabía leer el cielo y las estrellas.

Il revint de Salamanque avec beaucoup de livres. Il savait lire le ciel et les étoiles.

También vivía allí Marcela, una muchacha huérfana. Era hermosa y tenía mucho dinero.

Marcela vivait là elle aussi, une jeune fille orpheline. Elle était belle et avait beaucoup d’argent.

Muchos hombres querían casarse con ella. Marcela decía que no a todos.

Beaucoup d’hommes voulaient l’épouser. Marcela leur disait non à tous.

Un día se vistió de pastora y se fue al monte con sus cabras.

Un jour, elle s’habilla en bergère et partit dans la montagne avec ses chèvres.

Entonces los enamorados se vistieron también de pastores. La siguieron por el campo.

Alors ses prétendants s’habillèrent en bergers eux aussi. Ils la suivirent à travers la campagne.

Grisóstomo escribía canciones para ella cada mañana. La muchacha nunca le respondió.

Grisóstomo écrivait des chansons pour elle chaque matin. La jeune fille ne lui répondit jamais.

El estudiante se puso enfermo de tristeza. Murió muy joven, en pocos meses.

L’étudiant tomba malade de tristesse. Il mourut très jeune, en quelques mois.

Antes de morir pidió una cosa rara. Quería una tumba en el campo, junto a una fuente.

Avant de mourir, il demanda une chose étrange. Il voulait une tombe en pleine campagne, près d’une source.

Cuando Pedro terminó, la noche estaba muy oscura y fría. Nadie hablaba.

Quand Pedro termina, la nuit était très noire et très froide. Personne ne parlait.

Don Quijote decidió ir al entierro. Quería ver a aquella pastora con sus ojos.

Don Quichotte décida d’aller à l’enterrement. Il voulait voir cette bergère de ses propres yeux.

Vocabulaire

Les gens de la montagne

el cabrero
le chevrier
el pastor / la pastora
le berger / la bergère
el estudiante
l’étudiant
el enamorado
l’amoureux, le prétendant
huérfano / huérfana
orphelin / orpheline

L’amour et le chagrin

casarse con
se marier avec, épouser
la canción
la chanson
la tristeza
la tristesse
responder
répondre
morir
mourir

Raconter une histoire

un día
un jour
entonces
alors, à ce moment-là
después
ensuite, puis
en pocos meses
en quelques mois
al final
à la fin, finalement

Raconter une histoire : passé simple et imparfait

En el pueblo vivía un estudiante rico y muy listo.

Un día se vistió de pastora y se fue al monte.

Grisóstomo escribía canciones, pero la muchacha nunca le respondió.

Le partage est le tien, trait pour trait : l’imparfait peint le fond, l’indefinido, qui est ton passé simple, fait les pas. Ce qui est neuf ici, ce n’est pas le choix, c’est le paragraphe. Les deux temps vont désormais dans la même phrase, et c’est exactement cela, raconter.

imperfectoindefinido
ce qu’il faitle fond, la description, l’habitudeune étape terminée du récit
la question à laquelle il répondcomment c’était ?et ensuite, que se passa-t-il ?
ses marquessiempre, cada mañana, mientrasun día, entonces, después, en pocos meses
dans le textevivía, era, tenía, escribíacontó, se vistió, murió, pidió

Comment s’ouvre un récit espagnol

Presque toujours à l’imparfait : En el pueblo vivía un estudiante rico. C’est le il était une fois de l’espagnol, et c’est aussi ton il y avait au village un étudiant riche. Puis un marqueur, un día ou entonces, fait basculer le temps, et l’indefinido porte l’histoire jusqu’au bout. L’imparfait revient chaque fois que le récit s’arrête pour regarder quelque chose.

Les verbes qui changent de sens

Voilà le seul endroit où il faut vraiment ralentir. La bonne nouvelle, c’est que ta langue fait exactement la même chose dès qu’elle sort son passé simple.

imperfectoindefinido
Marcela quería vivir libre. — elle en avait envieMarcela quiso vivir libre. — elle le voulut et le fit
Grisóstomo sabía muchas cosas. — il savaitGrisóstomo supo la verdad. — il l’apprit
Conocía a Marcela. — il la connaissaitConoció a Marcela. — il fit sa connaissance
No podía dormir. — il en était incapableNo pudo dormir. — cette nuit-là, il n’y arriva pas

Dis-toi la paire à voix haute : je savais contre j’ai su, je connaissais contre j’ai connu. Tu as déjà l’opposition, et elle tombe juste.

Une durée fermée n’est pas une habitude

Quand la phrase enferme la durée entre deux bornes, l’espagnol prend l’indefinido, comme toi : escribió canciones durante tres meses, il écrivit des chansons pendant trois mois. Sans bornes, c’est l’habitude, donc l’imparfait : escribía canciones cada mañana.

La forme d’un récit

Relis le quatrième paragraphe. Era hermosa y tenía mucho dinero : la caméra se pose sur Marcela, rien ne bouge. Puis vient un día se vistió de pastora, et l’histoire fait un pas. Tout le système tient dans ces 2 phrases.

La mode de s’habiller en berger

Le plus étrange, dans cette leçon, n’est pas qu’un étudiant riche meure d’amour. C’est que lui et ses amis se soient déguisés en bergers pour le faire, et que personne, dans l’histoire, ne trouve la chose bizarre.

Le roman pastoral était l’autre grand succès de librairie de l’époque, juste à côté des romans de chevalerie. Les bergers y ont des manières parfaites, du temps libre à l’infini et un vocabulaire énorme. Personne n’y sent le bouc.

Les gens réels ont copié cela. De jeunes Espagnols fortunés prenaient pour de bon la houlette et la peau de mouton et s’en allaient à la campagne chanter leurs peines. Cervantes avait lui-même écrit l’un de ces romans, La Galatea, en 1585, et il en promettait encore une seconde partie le jour de sa mort.

Grisóstomo joue donc un rôle qu’il a lu dans un livre, exactement comme don Quichotte. La différence, c’est que personne ne rit de Grisóstomo. Cervantes laisse le monde pastoral tourner au grand sérieux pendant 3 chapitres. Puis il fait monter Marcela sur un rocher pour y dire ce qu’aucune bergère de ces romans n’avait jamais dit, et la machine casse. C’est la leçon suivante.

Cervantes dans le texte · «Creció la niña con tanta belleza…»

Creció la niña con tanta belleza, que nos hacía acordar de la de su madre.

The girl grew up so beautiful that she reminded us of her mother.

Toute la leçon dans une seule phrase de Cervantes. Creció est le point : un seul mouvement, de l’enfance à la jeunesse. Hacía acordar est la ligne : ce qui se reproduisait chaque fois que les voisins la voyaient. Personne ne grandit d’un coup et personne ne rappelle quelqu’un une seule fois, et tes deux temps découpent la phrase au même endroit que les siens. C’est le chevrier Pedro qui parle, et il raconte exactement comme tu viens d’apprendre à le faire.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.