Niveau A1 · Leçon 9
Dulcinée du Toboso
Il manque une dame au chevalier. Il choisit une paysanne qui ne sait rien de lui, et lui donne un nom neuf.

Ce que tu sauras faire
- Raconter ta routine : à quelle heure tu te lèves, comment tu te laves, comment tu t’habilles.
- Dire comment s’appelle quelqu’un et comment tu t’appelles.
- Reconnaître le petit se qui précède tant de verbes espagnols.
Avant de lire
Presque tous les verbes de ce texte traînent devant eux un mot de deux lettres : se. Ce n’est pas une coquille, et ce n’est pas nouveau pour toi non plus : c’est ton se lever, se laver, s’appeler. Toute cette leçon, un anglophone doit l’apprendre ; toi, tu n’as qu’à la reconnaître.L’histoire en espagnol facile
Don Quijote se levanta muy temprano. Se lava, se viste y baja al corral.
Don Quichotte se lève très tôt. Il se lave, s’habille et descend dans la cour.
Todo está listo: las armas, la celada, el caballo y el nombre. Pero falta una cosa.
Tout est prêt : les armes, le heaume, le cheval et le nom. Mais il manque une chose.
Un caballero andante se enamora siempre de una dama. Sin dama no hay caballero.
Un chevalier errant tombe toujours amoureux d’une dame. Sans dame, pas de chevalier.
En un pueblo cerca de allí vive una labradora muy guapa. Se llama Aldonza Lorenzo.
Dans un village voisin vit une paysanne très belle. Elle s’appelle Aldonza Lorenzo.
Ella nunca habla con el hidalgo. Él se acuerda de ella y decide una cosa.
Elle ne parle jamais au gentilhomme. Lui se souvient d’elle et décide une chose.
Aldonza es su dama. Pero una dama no se llama Aldonza. Necesita un nombre musical.
Aldonza est sa dame. Mais une dame ne s’appelle pas Aldonza. Il lui faut un nom musical.
Desde hoy se llama Dulcinea del Toboso, porque es del Toboso.
À partir d’aujourd’hui elle s’appelle Dulcinée du Toboso, parce qu’elle est du Toboso.
Ella, claro, nunca oye ese nombre. Don Quijote se queda muy contento con su idea.
Elle, bien sûr, n’entend jamais ce nom. Don Quichotte, lui, reste très content de son idée.
Vocabulaire
La routine
- levantarse
- se lever
- lavarse
- se laver
- vestirse
- s’habiller
- llamarse
- s’appeler
- quedarse
- rester, demeurer
L’amour du chevalier
- la dama
- la dame
- enamorarse de
- tomber amoureux de
- acordarse de
- se souvenir de
- guapo, guapa
- beau, belle
Les gens et le lieu
- la labradora
- la paysanne
- el corral
- la cour, la basse-cour
- listo, lista
- prêt, prête
Les verbes pronominaux et le se
Don Quijote se levanta muy temprano.
Se lava, se viste y baja al corral.
Se llama Aldonza Lorenzo.
Dans se levanta, se lava, se viste, l’action revient sur celui qui la fait. Dans baja al corral elle ne revient sur personne. C’est mot pour mot ton se lever, se laver, s’habiller contre descendre. Là où un anglophone découvre une catégorie entière, toi tu retrouves la tienne.
Le pronom change avec la personne et se place devant le verbe, comme chez toi :
| levantarse : se lever | |
|---|---|
| yo me levanto | nosotros nos levantamos |
| tú te levantas | vosotros os levantáis |
| él/ella se levanta | ellos/ellas se levantan |
Et voici la seule vraie différence, alors retiens-la bien : à l’infinitif, le pronom espagnol se colle derrière le verbe et n’en fait plus qu’un mot. Tu écris se lever en deux mots, l’espagnol écrit levantarse en un seul. C’est pour cela que le dictionnaire les range ainsi : llamarse, enamorarse, acordarse. Le -se fait partie de l’entrée.
Et il change avec la personne, même collé : quiero levantarme, je veux me lever. Vas a lavarte, tu vas te laver. Cette gymnastique n’existe pas en français, où le pronom reste sagement devant.
Llamarse est le plus utile de tous, et c’est ton s’appeler trait pour trait : Me llamo Alonso. ¿Cómo te llamas? Aucune surprise, aucun effort.
L’amour courtois
Dans les livres que lit don Quichotte, un chevalier sans dame n’est qu’un demi-chevalier. La dame n’est pas là pour être épousée : elle est là pour donner un sens aux coups. Le chevalier se bat « en son nom », lui envoie les géants qu’il a vaincus et soupire à distance. Plus la distance est grande, mieux c’est.
Cette convention s’appelle l’amour courtois, elle est née dans le Midi de la France, et en 1605 elle était déjà passée de mode depuis deux siècles : c’est exactement pour cela que Cervantes s’en sert. Aldonza Lorenzo est un choix parfait et ridicule à la fois : don Quichotte l’a vue quatre fois, elle ignore qu’il existe, et l’amour ne court donc aucun risque d’être gâché par une conversation.
Cervantes dans le texte · «Vino a llamarla Dulcinea del Toboso…»
Vino a llamarla Dulcinea del Toboso, porque era natural del Toboso: nombre, a su parecer, músico y peregrino y significativo.
He came to call her Dulcinea of El Toboso, because she was a native of El Toboso: a name, in his view, musical, uncommon and meaningful.
Tout le chapitre est bâti sur llamarse : le cheval s’appelle Rossinante, le gentilhomme don Quichotte, la paysanne Dulcinée. Cervantes écrit llamarla, avec le pronom collé derrière l’infinitif : c’est exactement la mécanique que tu viens de voir dans llamarse, et elle vaut aussi pour les pronoms qui ne sont pas réfléchis.