Niveau A1 · Leçon 8
Don Quichotte de la Manche
Après huit jours de réflexion, un gentilhomme de cinquante ans abandonne son vieux nom et en étrenne un en trois morceaux.

Ce que tu sauras faire
- Compter et dire des quantités : dos, ocho, cincuenta, cien.
- Dire l’âge de quelqu’un.
- Mettre les choses dans l’ordre : el primero, el segundo, el tercero.
Avant de lire
Ce texte compte sans arrêt : huit jours, cinquante ans, trois parties, quatre semaines. Il met aussi les choses dans l’ordre (la primera, la segunda, la tercera). Et surtout, il dit l’âge avec tener, « avoir », exactement comme toi : tiene cincuenta años, il a cinquante ans. C’est un des rares endroits où le français et l’espagnol sont d’accord contre l’anglais.L’histoire en espagnol facile
El caballo ya tiene su nombre. Ahora el hidalgo necesita un nombre nuevo.
Le cheval a déjà son nom. Maintenant, le gentilhomme a besoin d’un nom neuf.
Pasa ocho días con esta idea, porque un nombre es una cosa seria.
Il passe huit jours sur cette idée, parce qu’un nom est une chose sérieuse.
El hidalgo tiene cincuenta años, una casa vieja y un caballo flaco. Ahora tiene también un nombre grande: don Quijote.
Le gentilhomme a cinquante ans, une vieille maison et un cheval maigre. Maintenant il a aussi un grand nom : don Quichotte.
Pero un caballero de verdad tiene también el nombre de su tierra.
Mais un vrai chevalier porte aussi le nom de son pays.
El primer ejemplo es Amadís, el caballero de Gaula.
Le premier exemple est Amadis, le chevalier de Gaule.
Su nombre nuevo tiene tres partes. La primera es «don» y la segunda es «Quijote». La tercera parte es «de la Mancha», su tierra.
Son nom neuf a trois parties. La première est « don » et la deuxième « Quichotte ». La troisième est « de la Manche », son pays.
El «don» es el tratamiento de los señores y los caballeros.
Le « don » est le titre des seigneurs et des chevaliers.
En cuatro semanas el hidalgo tiene armas, caballo y nombre. El pobre Alonso Quijano de cincuenta años ya no existe.
En quatre semaines, le gentilhomme a des armes, un cheval et un nom. Le pauvre Alonso Quijano de cinquante ans n’existe plus.
Vocabulaire
Les nombres
- dos, tres, cuatro
- deux, trois, quatre
- ocho
- huit
- cincuenta
- cinquante
- cien
- cent
- primero, segundo, tercero
- premier, deuxième, troisième
Le nom et le rang
- el tratamiento
- le titre
- el señor
- le seigneur, le monsieur
- la tierra
- le pays natal
- el ejemplo
- l’exemple
Mots du texte
- la parte
- la partie
- la idea
- l’idée
- serio / seria
- sérieux / sérieuse
- existir
- exister
Les nombres, les ordinaux et l’âge
Tiene cincuenta años.
Pasa ocho días con esta idea.
La primera parte es «don» y la segunda es «Quijote».
L’âge se possède. Et là, félicitations : tu n’as rien à apprendre. L’espagnol dit tiene cincuenta años comme tu dis « il a cinquante ans ». L’anglais, lui, dit « he is fifty » et passe des mois à se tromper. Le mot años n’est pas facultatif, exactement comme ton « ans ».
| question | réponse |
|---|---|
| ¿Cuántos años tienes? | Tengo treinta y dos años. |
| ¿Cuántos años tiene el hidalgo? | Tiene cincuenta años. |
Et le cadeau continue : toute la famille des expressions avec tener se calque sur la tienne. Tener hambre, avoir faim. Tener frío, avoir froid. Tener razón, avoir raison. Tener sueño, avoir sommeil. Là où l’anglophone doit tout réapprendre, toi tu traduis mot à mot.
Compter. Les quinze premiers s’apprennent un par un. De seize à vingt-neuf, un seul mot. À partir de trente et un, trois mots avec y au milieu.
| 0-10 | 11-20 | dizaines |
|---|---|---|
| cero, uno, dos, tres, cuatro, cinco | once, doce, trece, catorce, quince | diez, veinte, treinta |
| seis, siete, ocho, nueve, diez | dieciséis, diecisiete, dieciocho, diecinueve, veinte | cuarenta, cincuenta, cien |
| veintiuno, veintidós… mais treinta y uno, cuarenta y cinco, cincuenta y dos | ||
Et voici la meilleure nouvelle de la leçon. Les dizaines espagnoles sont régulières jusqu’au bout : setenta, ochenta, noventa. Pas de soixante-dix, pas de quatre-vingt-dix, pas d’arithmétique. Ce qui te coûte le plus d’efforts en français n’existe tout simplement pas ici.
| français | espagnol |
|---|---|
| soixante-dix | setenta |
| quatre-vingts | ochenta |
| quatre-vingt-dix-neuf | noventa y nueve |
uno se raccourcit en un devant un nom masculin et devient una devant un féminin : un caballo, una espada, treinta y un años. Et cien vaut exactement cent ; à partir de 101 il devient ciento : ciento veinte.
Mettre dans l’ordre. Les ordinaux sont des adjectifs ordinaires : ils s’accordent, et devant un nom ils se placent normalement avant, comme les tiens.
| 1er | 2e | 3e | 4e | 5e |
|---|---|---|---|---|
| primero / primera | segundo / segunda | tercero / tercera | cuarto / cuarta | quinto / quinta |
Deux d’entre eux perdent leur -o final devant un nom masculin singulier : el primer nombre, el tercer día. Le français n’a rien de tel, et c’est la seule difficulté réelle de ce paragraphe. Le féminin, lui, garde tout : la primera parte.
Dernière différence, discrète : au-delà de dix, l’espagnol abandonne les ordinaux et repasse aux nombres normaux. Tu dis « le vingtième siècle », l’espagnol dit el siglo veinte, le siècle vingt.
Le « don », et ce que valait un nom
Don vient du latin dominus, seigneur. En 1605 ce n’était pas une politesse mais un rang, et l’État y regardait : il appartenait aux nobles titrés, aux évêques, aux hauts fonctionnaires. Un hidalgo de village, noble de nom et fauché de fait, n’y avait aucun droit. Se le donner à soi-même devant sa propre maisonnée n’était pas de la modestie mal placée : c’était un petit faux en écriture.
Le nom de famille est pire, et plus drôle. Un quijote est la plaque d’armure qui couvre la cuisse, une des pièces rencontrées à la leçon 6. Il se fait donc appeler « messire Cuissard ». Le suffixe -ote n’arrange rien : en espagnol il grossit les choses et les rend légèrement ridicules, comme ton -ard dans « richard ».
Puis il ajoute de la Mancha, à la manière d’Amadis de Gaule. Sauf que la Gaule est un royaume de roman et que la Manche est une étendue plate, chaude et poussiéreuse du centre de l’Espagne, célèbre pour rien du tout. Chaque élément du nom est une prétention, et chaque prétention est une plaisanterie que Cervantes ne prend jamais la peine d’expliquer, parce que ses lecteurs riaient avant la fin de la phrase.
Cervantes dans le texte · «Quiso, como buen caballero…»
Quiso, como buen caballero, añadir al suyo el nombre de la suya y llamarse don Quijote de la Mancha.
Like a good knight, he chose to add to his own name that of his homeland, and to call himself Don Quixote of La Mancha.
La phrase tient sur trois petits mots : al suyo (à son propre nom) et la suya (sa propre terre). Cervantes écrit quiso, le passé de querer, qui arrive à la leçon 16. Et como buen caballero, « en bon chevalier », c’est le narrateur qui garde un visage parfaitement sérieux.