Niveau A1 · Leçon 3

Une journée au village

La journée du gentilhomme, du matin au soir : les champs, le lévrier, la marmite et les livres.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte étendu dans la poussière à côté de son cheval tombé, son armure, sa lance et son bouclier éparpillés autour de lui sur une colline déserte.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Presque tous les verbes ci-dessous finissent en -a : madruga, toma, anda, compra. Ils appartiennent tous à la même famille, celle qui correspond à ton premier groupe en -er. Remarque surtout qu’aucune phrase ne dit « il », et que tu sauras pourtant toujours qui fait quoi. C’est la seule chose vraiment nouvelle de cette leçon.

L’histoire en espagnol facile

Alonso Quijano madruga mucho y es el primero de la casa.

Alonso Quijano se lève très tôt, et il est le premier debout dans la maison.

Por la mañana toma un poco de pan. Después anda por el campo con su perro.

Le matin il prend un peu de pain. Ensuite il marche dans les champs avec son chien.

Caza casi todos los días: el galgo busca y el hidalgo espera.

Il chasse presque tous les jours : le lévrier cherche et le gentilhomme attend.

En casa, el ama prepara la comida, y la comida es siempre sencilla.

À la maison, la gouvernante prépare le repas, et le repas est toujours simple.

Los sábados toma huevos con tocino y los viernes toma lentejas.

Le samedi il prend des œufs au lard, et le vendredi il prend des lentilles.

Los domingos hay un poco de carne y las otras noches, carne fría con cebolla.

Le dimanche il y a un peu de viande, et les autres soirs, de la viande froide à l’oignon.

La comida gasta casi todo su dinero, y él no compra ropa nueva.

La nourriture avale presque tout son argent, et il n’achète pas de vêtements neufs.

Con el resto compra libros, y pasa las tardes con sus libros de caballerías.

Avec ce qui reste il achète des livres, et il passe ses après-midi avec ses romans de chevalerie.

Vocabulaire

Ce qu’il fait tous les jours

madrugar
se lever tôt
andar
marcher
cazar
chasser
buscar
chercher
esperar
attendre, espérer
pasar
passer (du temps)

À table

la comida
la nourriture, le repas
el pan
le pain
los huevos
les œufs
el tocino
le lard
las lentejas
les lentilles
la carne
la viande
la cebolla
l’oignon
preparar
préparer, cuisiner
tomar
prendre (un aliment, une boisson)

L’argent

el dinero
l’argent
gastar
dépenser
comprar
acheter
la ropa
les vêtements

Quand

por la mañana
le matin
la tarde
l’après-midi, le début de soirée
la noche
la nuit, la soirée
los sábados
le samedi
siempre
toujours
después
ensuite, puis

Le présent des verbes en -AR

Alonso Quijano madruga mucho.

El ama prepara la comida.

Con el resto compra libros.

Les verbes espagnols se rangent en trois groupes selon la terminaison de l’infinitif : -ar, -er, -ir. Tu connais le principe : c’est ton premier, deuxième et troisième groupe. Et comme en français, le premier groupe est de loin le plus gros et c’est là qu’atterrissent tous les verbes inventés depuis cinq siècles.

On enlève le -ar et on ajoute la terminaison de celui qui fait l’action :

tomar : prendre
yotomoje prends
tomastu prends
él / ella / ustedtomail / elle prend
nosotrostomamosnous prenons
vosotrostomáisvous prenez (pluriel, Espagne)
ellos / ellas / ustedestomanils / elles prennent

Six terminaisons, comme en français. La différence est ailleurs, et elle est décisive : en espagnol on les entend toutes les six. En français, je chante, tu chantes, il chante et ils chantent se prononcent exactement pareil, et c’est pour cela que tu es obligé de mettre je, tu, il devant : sans le pronom, personne ne saurait de qui tu parles.

Voilà pourquoi l’espagnol ne dit pas « il ». Les pronoms sujets existent (yo, , él, ella, nosotros, vosotros, ellos) et on les laisse tomber presque toujours, parce que la terminaison a déjà fait le travail : tomo ne peut être que « je », tomamos ne peut être que « nous ». Le français ne peut pas se le permettre, l’espagnol si.

C’est le seul vrai changement d’habitude de cette leçon, et il est plus dur qu’il n’en a l’air, parce que ton réflexe est de placer un pronom avant chaque verbe. Quand un pronom apparaît quand même en espagnol, c’est qu’il travaille : il oppose ou il insiste. C’est pour cela que le texte dit y él no compra ropa nueva : les autres de la maison, peut-être, mais lui, non.

Un temps pour deux. Compra se traduit aussi bien par « il achète » que par « il est en train d’acheter ». Là encore le français fait pareil avec son présent, donc rien à apprendre : profites-en, ce n’est pas si fréquent.

L’ordre des mots. Sujet, verbe, complément, comme en français : el ama prepara la comida. Mais l’espagnol déplace beaucoup plus librement que toi, et il met volontiers le sujet après le verbe dès que la phrase commence par autre chose : En un pueblo de la Mancha vive un hidalgo. En français il faudrait tourner autrement.

Le village de la Manche

La Manche est un immense plateau sec au milieu de l’Espagne. Il dépasse les quarante degrés en été et gèle en hiver. Pas de rivière digne de ce nom, pas de forêt, pas une colline à des lieues : le genre d’horizon où un moulin fait figure de paysage.

Un village manchègue en 1605, c’était une place, une église, une poignée de maisons blanchies à la chaux, et du blé et de la vigne tout autour. Chacun savait ce que mangeait son voisin, ce qu’il achetait et avec qui il se disputait. Un gentilhomme qui passait l’argent des repas en livres n’allait pas rester longtemps un secret.

Cervantes ouvre le roman en refusant ostensiblement de nommer l’endroit : « un village de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom ». Quatre siècles plus tard la plaisanterie rapporte encore, puisque plusieurs villages se disputent toujours celui qu’il n’a pas voulu citer.

Cervantes dans le texte · «Una olla de algo más vaca que carnero…»

Una olla de algo más vaca que carnero, salpicón las más noches, duelos y quebrantos los sábados, lantejas los viernes, algún palomino de añadidura los domingos, consumían las tres partes de su hacienda.

A stew with rather more beef than mutton, cold meat salad most evenings, eggs and bacon on Saturdays, lentils on Fridays, and the odd pigeon as a treat on Sundays, ate up three quarters of his income.

Le régime du gentilhomme est organisé par jours de la semaine (les samedis, les vendredis, les dimanches), exactement comme dans ton texte. Duelos y quebrantos, littéralement « peines et pertes », désigne les œufs au lard, et personne ne sait vraiment pourquoi. Lantejas est l’ancienne graphie de lentejas.

Ce point de grammaire sur sa propre page

La réponse courte, le même point dans les autres leçons, et les fautes à éviter.