Niveau A2 · Leçon 42

Sancho s’en va et don Quichotte reste seul

Sancho descend vers la plaine avec la lettre pendant que son maître fait des cabrioles au milieu des rochers. Dernière leçon du bloc A2, et révision de tout ce qui a été appris depuis la 21.

Gravure de Gustave Doré : don Quichotte et son cheval projetés en l’air, la tête en bas, par l’aile d’un moulin, Sancho Panza les regardant du haut de son âne.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Cette leçon n’apporte aucune grammaire nouvelle. Elle rassemble celle de tout le bloc. Lis l’histoire et mets un nom sur chaque verbe que tu croises : indefinido, imperfecto, pretérito perfecto, pluscuamperfecto, futuro, condicional. Prends garde à un réflexe précis : ton passé composé fait à lui seul le travail de deux temps espagnols, et c’est là que tu vas te tromper, pas ailleurs.

L’histoire en espagnol facile

Sancho cortó ramas de retama para marcar el camino de vuelta.

Sancho coupa des branches de genêt pour baliser le chemin du retour.

Su amo se lo había aconsejado antes de la despedida.

Son maître le lui avait conseillé avant les adieux.

Los dos lloraron un poco y se abrazaron entre las peñas.

Tous deux pleurèrent un peu et s’embrassèrent au milieu des rochers.

El escudero subió a Rocinante y salió hacia el llano.

L’écuyer monta sur Rossinante et partit vers la plaine.

Iba pensando en la carta que llevaba en el librillo.

Il allait en pensant à la lettre qu’il portait dans le carnet.

No había andado 100 pasos cuando volvió atrás.

Il n’avait pas fait cent pas qu’il revint sur ses pas.

«Señor, quiero ver una locura para poder jurarlo sin mentir.»

« Monsieur, je veux voir une folie pour pouvoir le jurer sans mentir. »

«Ya te lo decía yo», respondió don Quijote muy contento.

« Je te l’avais bien dit », répondit don Quichotte, ravi.

«Espérate, que en un credo las haré todas.»

« Attends un peu, en un credo je vais toutes les faire. »

Se quitó los calzones a toda prisa y se quedó en camisa.

Il ôta ses chausses à toute vitesse et resta en chemise.

Dio dos saltos en el aire y dos volteretas.

Il fit deux sauts en l’air et deux culbutes.

Puso la cabeza abajo y los pies en alto.

Il mit la tête en bas et les pieds en l’air.

Sancho vio cosas que no quería ver otra vez.

Sancho vit des choses qu’il ne voulait pas voir une seconde fois.

Volvió la rienda y se fue muy satisfecho.

Il tourna la rêne et s’en alla parfaitement satisfait.

Ya podía jurar que su amo estaba loco de verdad.

Il pouvait désormais jurer que son maître était vraiment fou.

Don Quijote se quedó solo entre las peñas de Sierra Morena.

Don Quichotte resta seul au milieu des rochers de la Sierra Morena.

Subió a una roca alta y se sentó a pensar.

Il grimpa sur un rocher élevé et s’assit pour réfléchir.

Pensaba en las locuras que harían los caballeros de sus libros.

Il pensait aux folies que feraient les chevaliers de ses livres.

Unos se volvían furiosos y otros se ponían tristes.

Les uns devenaient furieux et les autres devenaient tristes.

Él haría las dos cosas, porque tenía tiempo de sobra.

Lui ferait les deux, car il avait du temps de reste.

Escribió versos en la corteza de los árboles con una navaja.

Il grava des vers dans l’écorce des arbres avec un couteau.

Todos los versos terminaban con el nombre de Dulcinea.

Tous les vers finissaient par le nom de Dulcinée.

Comió hierbas y frutos, porque el ayuno formaba parte del papel.

Il mangea des herbes et des fruits, car le jeûne faisait partie du rôle.

Mientras tanto, Sancho bajaba hacia el llano con su carta.

Pendant ce temps, Sancho descendait vers la plaine avec sa lettre.

Aquí se acaba el bloque A2. Aquí empieza otro camino.

Ici s’achève le bloc A2. Ici commence un autre chemin.

Vocabulaire

La montagne et le chemin

la peña
le rocher, le gros bloc de pierre
la roca
le rocher
la retama
le genêt
el llano
la plaine
la corteza
l’écorce
la señal
le signal, le signe
el paso
le pas

Les adieux

despedirse
prendre congé, faire ses adieux
abrazarse
s’embrasser, s’étreindre
la lágrima
la larme
la bendición
la bénédiction
la vuelta
le retour
mientras tanto
pendant ce temps

Les folies d’amour

la voltereta
la culbute, le saut périlleux
el salto
le saut
quedarse en camisa
rester en chemise
el ayuno
le jeûne
el verso
le vers
jurar
jurer
volverse loco
devenir fou

Les mots pour parler de grammaire

el indefinido
le passé simple
el imperfecto
l’imparfait
el pretérito perfecto
le passé composé
el pluscuamperfecto
le plus-que-parfait
el futuro
le futur
el condicional
le conditionnel
el pronombre
le pronom

Tout l’A2 sur une page : de la 21 à la 41

Sancho cortó las ramas mientras su amo lo miraba.

No había andado 100 pasos cuando volvió atrás.

Su amo se lo había aconsejado aquella misma mañana.

Mañana verá a Dulcinea y le dará la carta.

Él haría las 2 locuras, porque tenía tiempo de sobra.

Aquí se escriben versos y se comen hierbas.

Rien de neuf ici. Cette page rassemble les leçons 21 à 41 en un seul endroit pour que tu voies la forme de ce que tu as construit. Lis-la lentement, et après chaque tableau retourne à l’histoire ci-dessus chercher le temps à l’œuvre dans une vraie phrase.

1. Les quatre passés, et le partage du travail

C’est le cœur de l’A2, et c’est le seul endroit du bloc où ta langue te trahit vraiment. Tu as les quatre formes, ou presque : l’imparfait est le même, le plus-que-parfait est le même, le passé composé est le même. Le problème n’est pas la forme, c’est la répartition.

tempsson travailchez toi
indefinido
cortó, vio, dio
un fait unique et achevé, qui fait avancer le récitla forme est ton passé simple, l’emploi est ton passé composé
imperfecto
miraba, quería, tenía
le fond, la description, l’habitudeton imparfait, sans un écart
pretérito perfecto
he visto, ha llegado
un passé dans un temps encore ouvert : aujourd’hui, cette semaineton passé composé, mais seulement dans cet emploi-là
pluscuamperfecto
había andado, había dicho
un passé antérieur à un autre passéton plus-que-parfait, avec trois réglages à changer

Voilà la difficulté en une ligne : ton passé composé fait deux métiers que l’espagnol sépare. Quand la phrase est dans un temps clos, hier, l’an dernier, ce jour-là, l’espagnol prend l’indefinido, dont la forme est ton passé simple, ce temps que tu ne sors que dans les livres. Ayer corté las ramas, et non ayer he cortado. Quand le temps est encore ouvert, aujourd’hui, cette semaine, jamais, il prend le pretérito perfecto. Le partage entre indefinido et imperfecto, lui, ne te coûte rien : c’est exactement ton partage entre le récit et la description, celui que tu fais sans y penser depuis l’école.

Le plus-que-parfait demande trois réglages, tous vus à la leçon 40. Un seul auxiliaire, haber, y compris pour les verbes qui te réclament être : había llegado, se había ido. Aucun accord du participe, même avec un complément d’objet direct placé devant : la maleta que había perdido. Aucune coupure entre l’auxiliaire et le participe : nunca había dicho, jamais había nunca dicho.

2. Ce qui n’est pas encore arrivé

tempsson travailexemple
futuro
verá, dará, haré
ce qui arrivera, et aussi une supposition sur maintenantMañana verá a Dulcinea. Estará en el Toboso.
condicional
haría, gustaría, podría
ce qui arriverait, et la demande polieÉl haría las 2 locuras. ¿Podría ayudarme?

Ces deux-là sont un cadeau, parce qu’ils sont fabriqués comme les tiens : l’infinitif entier plus une terminaison. Futur -é -ás -á -emos -éis -án, conditionnel -ía -ías -ía -íamos -íais -ían. La douzaine de radicaux irréguliers, tendr-, podr-, dir-, har-, saldr-, vendr-, querr-, sabr-, pondr-, habr-, est la même pour les deux temps, et ce sont les mêmes verbes que chez toi : tiendr-, pourr-, dir-, fer-, saur-. Un seul emploi n’est pas le tien : l’espagnol se sert du futur pour deviner le présent, estará en el Toboso pour dire qu’il doit y être. Toi, tu dirais « il doit y être ».

3. Tous les se que tu as croisés

type de sece qu’il signaleexemple
réfléchile sujet agit sur lui-mêmeSe quitó los calzones.
réciproquel’un l’autreLos 2 se abrazaron.
accidentelça m’est arrivé, personne n’est fautifSe le cayó el librillo.
impersonnelles gens en général, aucun sujet nomméAquí se come bien.
passif réfléchila chose se fait, le verbe s’accorde avec elleAquí se escriben versos.
se à la place de ledeux pronoms à la suiteSe la dio.

Quatre de ces six sont déjà chez toi, et tu les emploies sans y penser : le réfléchi, le réciproque, l’impersonnel qui est ton on, et le passif réfléchi qui est ton « ça se vend bien ». Il n’en reste que deux à apprendre pour de bon. Le se accidentel n’a pas d’équivalent : là où l’espagnol dit se me cayó el librillo, en faisant du carnet le sujet et de toi une victime, tu dis « j’ai fait tomber le carnet » et tu t’accuses. Et le se qui remplace le n’est pas de la grammaire du tout, c’est de la phonétique : deux l à la suite déplaisent à l’oreille espagnole, donc le lo devient se lo.

4. Deux pronoms à la suite

Voici le piège le mieux caché du bloc, parce que tu as la même construction et pas le même ordre. En espagnol c’est toujours l’indirect d’abord, le direct ensuite, sans exception : me lo, te lo, nos lo, os lo, se lo. Chez toi, l’ordre s’inverse à la troisième personne : tu dis « il me le donne » mais « il le lui donne », direct devant. En espagnol, jamais : se lo da, indirect devant, toujours. Retiens la règle sous cette forme, et tu ne diras pas lo le dio.

Le reste suit : les deux pronoms se placent devant le verbe conjugué et se collent à la fin d’un infinitif, d’un gérondif ou d’un impératif positif, quiero dárselo, está diciéndoselo, dáselo. C’est ton propre fonctionnement, à ceci près que chez toi l’impératif garde les pronoms séparés par des traits d’union.

5. Les petits mots qui portent tout

pointrègleet chez toi
porcause, trajet, échange, temps approximatifton par, plus le pour de la cause : gracias por
parabut, destination, échéance, opinionton pour du but seulement
quele relatif universel, sujet ou objetton qui et ton que réunis en un seul mot
donderelatif de lieuton
quienrelatif de personne, après prépositionton qui après préposition
-menteadverbe tiré de l’adjectif fémininton -ment, fabriqué de la même façon

Deux avertissements. Ton pour se coupe en deux, et le partage ne passe pas où tu crois : la cause et le remerciement vont à por, le but va à para. Et ton couple qui / que se ramène à un seul mot espagnol : le relatif sujet est que, pas quien, quoi que te souffle ton oreille. Quien ne sort qu’après une préposition, el amo a quien servía.

6. Et la lettre apprise la leçon dernière

Querido avec , et un abrazo à la fin. Estimado avec usted, et atentamente à la fin. On choisit une fois et on s’y tient jusqu’à la signature. Deux points après l’en-tête, jamais ta virgule.

Ce qui reste pour le B1

Une chose avant toutes les autres : le subjonctif. Et voici la bonne nouvelle, celle qui rend ce cours plus court pour toi que pour un anglophone. Le subjonctif, tu l’as. Tu dis « il faut que tu viennes », « avant qu’il parte », « je ne crois pas qu’il soit là », et tu le fais depuis l’enfance. Ce que le B1 t’apporte n’est donc pas un mode nouveau mais une liste de déclencheurs à retoucher : l’espagnol en réclame là où tu mets l’indicatif, espero que estés bien contre ton « j’espère que tu vas bien », et surtout après les conjonctions de temps tournées vers l’avenir, cuando llegues contre ton « quand tu arriveras ». Là où le lecteur anglais doit apprendre un mode entier qui n’existe pas chez lui, toi tu n’as qu’un réglage à faire. Tu arrives à la porte du B1 avec le vocabulaire et les temps déjà en place, et avec un mode d’avance.

Où en est l’histoire, et ce qui vient après

Tu es arrivé au milieu de la première partie. Chapitre 26 sur 52, et le centre exact du livre à plus d’un titre, car c’est ici que le roman cesse d’être une suite d’aventures sur une route et commence à se replier sur lui-même.

Ce qui suit se raconte vite. Sancho descend des montagnes, perd le carnet qui contenait les deux lettres, et comprend qu’il va devoir délivrer une lettre qu’il ne sait pas lire, de mémoire, une mémoire qui de son propre aveu perd parfois son propre nom. À l’auberge il tombe droit sur le curé et le barbier de son village, les deux hommes qui avaient brûlé la bibliothèque de don Quichotte à la leçon 18 et muré la porte de la pièce. Tous les trois montent un plan : se déguiser en princesse en détresse et en écuyer, entrer dans la Sierra Morena et attirer le chevalier chez lui en usant de la seule chose qu’il ne sait pas refuser, une dame en difficulté. Cela marche. Don Quichotte rentre chez lui dans une cage, sur une charrette à bœufs, convaincu qu’on l’a enchanté, et la première partie s’achève.

Ce qui t’amène à la fin de l’A2, et il vaut la peine de s’arrêter pour regarder ce que cela veut dire. Quand tu as commencé la leçon 21, tu savais décrire quelqu’un et dire ce que tu faisais tous les jours. Tu sais maintenant raconter. Tu peux mener un récit avec un premier plan et un fond, dire ce qui s’était déjà passé avant qu’il commence, deviner ce qui va suivre, décrire ce qui arriverait dans un monde qui n’existe pas, te plaindre que quelque chose s’est cassé tout seul, et écrire à un inconnu sans te ridiculiser. C’est la machinerie de tous les jours, avec environ 1 200 mots de vocabulaire pour la faire tourner.

Ce qui manque, c’est le subjonctif, et le B1 s’ouvre là-dessus, parce que la suite du roman est inutilisable sans lui. Le curé et le barbier passent leurs scènes à vouloir que don Quichotte fasse des choses, à espérer qu’il ne remarque rien et à lui demander de rentrer, et l’espagnol met tout ce vouloir, cet espoir et cette demande dans une forme verbale que tu n’as pas encore rencontrée ici. Rassure-toi : elle existe chez toi, et bien vivante. Ce ne sera pas un mode à apprendre, mais une frontière à déplacer.

Pour l’instant, fais ceci. Retourne à l’histoire en haut de cette page et relis-la en cachant la colonne française. Les vingt-cinq lignes. C’est une scène de Cervantes, et tu la lis.

Cervantes dans le texte · «Y así, le dejaremos ir su camino, hasta la vuelta…»

Y así, le dejaremos ir su camino, hasta la vuelta, que fue breve.

And so we shall let him go his way, until his return, which was brief.

C’est la phrase qui ferme le chapitre 25 et qui laisse Sancho sortir de la montagne, et c’est une bonne phrase pour clore le bloc, parce que presque tout ce que tu as appris depuis la leçon 21 y travaille. Regarde ce que Cervantes fait du temps. Dejaremos est un futur, parce que le narrateur se tient au présent avec toi et décide en ta compagnie de ce qu’on va regarder ensuite. Fue est un indefinido, parce que le voyage a déjà eu lieu et qu’il sait très bien comment il a tourné. Et voilà l’occasion de mesurer d’un coup l’écart de la leçon : fue a la forme exacte de ton passé simple, ce temps que tu ne trouves que dans les romans et les rédactions, et il tombe ici dans une phrase de conversation, un narrateur qui bavarde avec son lecteur. En espagnol ce temps-là n’a jamais quitté la rue. Entre les deux, une relative de celles de la leçon 34, que fue breve, où le passé et l’avenir se rejoignent. C’est aussi une petite plaisanterie aux dépens du lecteur : il vient de te dire comment finit un voyage qui n’a pas commencé. Cervantes ne cesse de faire cela, de te rappeler qu’un homme est en train d’arranger l’histoire, et c’est une des raisons pour lesquelles le livre paraît encore moderne quatre cents ans plus tard. Douze mots, trois temps, une relative et un clin d’œil.