Niveau A2 · Leçon 26

Marcela se défend

À l’enterrement de Grisóstomo, la bergère apparaît sur un rocher et parle en son propre nom.

Gravure de Gustave Doré : la gouvernante brûle une brassée de livres de chevalerie sur un feu de joie.
Gustave Doré, 1863. Domaine public.

Ce que tu sauras faire

Avant de lire

Surveille 4 petites expressions dans ce texte : ya, todavía, aún et acabar de. Elles ne nomment aucune action, elles disent où cette action en est. Trois d’entre elles ont un équivalent exact chez toi, déjà, ne… plus et venir de ; la quatrième, celle de encore, est justement celle qui te tend un piège.

L’histoire en espagnol facile

A la mañana siguiente, don Quijote y los cabreros bajaron al valle.

Le lendemain matin, don Quichotte et les chevriers descendirent dans la vallée.

La tumba ya estaba abierta junto a la fuente. Había mucha gente de luto.

La tombe était déjà ouverte près de la source. Il y avait beaucoup de gens en deuil.

Un amigo del muerto acababa de leer en voz alta una canción muy amarga.

Un ami du mort venait de lire à voix haute une chanson très amère.

En esa canción, Grisóstomo llamaba cruel a Marcela. La culpaba de su muerte.

Dans cette chanson, Grisóstomo traitait Marcela de cruelle. Il l’accusait de sa mort.

Algunos pastores todavía lloraban. Otros miraban el camino en silencio.

Certains bergers pleuraient encore. D’autres regardaient le chemin en silence.

De pronto, Marcela apareció arriba, sobre una roca muy alta.

Tout à coup, Marcela apparut au-dessus d’eux, sur un rocher très haut.

Todavía llevaba su ropa de pastora. El sol le daba en la cara.

Elle portait encore ses vêtements de bergère. Le soleil lui donnait en plein visage.

«Yo no maté a este hombre», dijo con calma. «Nunca le di ninguna esperanza.»

« Je n’ai pas tué cet homme », dit-elle avec calme. « Je ne lui ai jamais donné le moindre espoir. »

«El cielo me hizo hermosa. Yo no elegí mi cara ni pedí este problema.»

« Le ciel m’a faite belle. Je n’ai pas choisi mon visage et je n’ai pas demandé cet ennui. »

«Quien me quiere sin mi permiso no merece nada de mí.»

« Celui qui m’aime sans mon consentement ne mérite rien de moi. »

Nadie respondió. Los pastores ya no lloraban: ahora miraban al suelo.

Personne ne répondit. Les bergers ne pleuraient plus : maintenant ils regardaient le sol.

Marcela se marchó al monte. Algunos aún querían seguirla, pero don Quijote lo prohibió.

Marcela s’en alla dans la montagne. Certains voulaient encore la suivre, mais don Quichotte l’interdit.

Después enterraron a Grisóstomo junto a la fuente. Todavía no era mediodía.

Ensuite ils enterrèrent Grisóstomo près de la source. Il n’était pas encore midi.

Vocabulaire

L’enterrement

el entierro
l’enterrement
el luto
les vêtements de deuil
la tumba
la tombe
enterrar
enterrer
la roca
le rocher

L’accusation

culpar
accuser, rendre responsable
cruel
cruel
amargo / amarga
amer / amère
la esperanza
l’espoir
merecer
mériter

Où en est l’action

ya
déjà, désormais
ya no
ne… plus
todavía
encore, toujours
aún
encore (comme todavía)
acabar de
venir de

Ya, todavía, aún et acabar de

La tumba ya estaba abierta junto a la fuente.

Todavía llevaba su ropa de pastora.

Acababa de leer en voz alta una canción muy amarga.

Ces mots ne disent pas ce qui se passe. Ils disent où en est ce qui se passe. Tu as les quatre cases dans ta langue, et elles se remplissent presque sans effort.

espagnolchez toidans le texte
yadéjà, désormais, enfinLa tumba ya estaba abierta.
ya none… plusLos pastores ya no lloraban.
todavía / aúnencore, toujoursTodavía llevaba su ropa de pastora.
todavía no / aún nopas encoreTodavía no era mediodía.
acabar de + infinitifvenir deAcababa de leer la canción.

acabar de, c’est ton venir de

Même construction, même sens, mêmes deux temps. Un verbe conjugué, une préposition, un infinitif : acabo de llegar pour je viens d’arriver, acababa de leer pour il venait de lire. Comme chez toi, seuls le présent et l’imparfait s’emploient vraiment ; personne ne dit acabé de llegar dans ce sens-là.

espagnolfrançais
Acabo de llegar.Je viens d’arriver.
Marcela acaba de hablar.Marcela vient de parler.
Acababa de leer la canción.Il venait de lire la chanson.

Un seul réflexe à couper : le verbe espagnol est acabar, jamais venir. Vengo de Francia ne dit pas que je viens d’arriver, il dit d’où je viens.

Le piège est dans encore

Ton encore fait deux métiers, et l’espagnol en fait deux mots différents. Encore qui veut dire que la chose dure, c’est todavía : todavía llueve, il pleut encore. Encore qui veut dire une fois de plus, c’est otra vez : ha llovido otra vez, il a encore plu.

Même prudence avec toujours. Quand il veut dire que ça continue, c’est todavía. Siempre ne traduit que le toujours de l’habitude : siempre llueve veut dire qu’il pleut tous les jours.

ya no et todavía no

ya no regarde en arrière : c’était vrai, ça a cessé. todavía no regarde en avant : ce n’est pas commencé, mais on l’attend. Marcela ya no vive en el pueblo, elle est partie. Marcela todavía no vive en el monte, elle va s’y installer. Les deux blocs se posent devant le verbe et n’en bougent plus, alors que ton ne… plus l’encadre.

todavía ou aún

Le même sens, au choix. Aún sonne un peu plus écrit, todavía un peu plus parlé. L’accent, lui, n’est pas un ornement : aún accentué vaut todavía, aun sans accent vaut incluso, c’est-à-dire même. Aun los pastores callaron : même les bergers se turent.

La première femme qui parle en son propre nom

Jusqu’ici, dans le roman, les femmes sont des choses qui arrivent aux hommes. Dulcinée n’apparaît jamais. Les filles de l’aubergiste rient et disparaissent. Puis une bergère monte sur un rocher, parle pendant 3 pages, et le livre change.

Marcela fait ce qu’aucun personnage n’avait fait avant elle : elle refuse l’arrangement tout entier. Son raisonnement est court et difficile à réfuter. La beauté n’est pas une dette, être aimée ne crée aucune obligation, et un homme qui a choisi d’espérer contre un refus clair s’est tué avec son propre entêtement.

Rappelle-toi ce qu’elle avait contre elle. Une orpheline riche, en 1605, était un bien, sans que le mot soit prononcé. Son oncle aurait pu la marier et personne n’aurait trouvé cela cruel. Marcela emmène ses chèvres dans la montagne et vit seule, ce qui n’était pas un geste romantique mais un vrai scandale.

Le plus remarquable est ce que Cervantes fait ensuite : rien. Il ne la punit pas. Elle s’en va sous les arbres, il est interdit de la suivre, et le roman continue son chemin. Elle ne reviendra plus. On discute ces 3 pages depuis 400 ans, et elles se lisent aujourd’hui dans les classes espagnoles comme le premier discours féministe de la langue.

Cervantes dans le texte · «Yo nací libre, y para poder vivir libre escogí la…»

Yo nací libre, y para poder vivir libre escogí la soledad de los campos.

I was born free, and in order to live free I chose the solitude of the fields.

La phrase la plus citée de Marcela, au chapitre 14 de la première partie. Deux passés simples la portent, nací et escogí, et ce sont des décisions, pas des descriptions. Plus loin dans le même discours, elle dit : « El cielo aún hasta ahora no ha querido que yo ame por destino ». Cet aún fait exactement le travail que tu viens d’apprendre, celui de ton encore qui dure : jusqu’à présent, et toujours pas.