Niveau C1 · Deuxième partie, chapitre 74
Le testament d’Alonso Quijano : la langue du notaire
Le dernier chapitre est écrit dans la langue d’un notaire. Chaque clause s’ouvre par Ítem, la syntaxe perd pied exactement comme le fait la parole dictée, et dans cette machinerie Cervantès glisse la chose la plus affectueuse du livre. C’est le registre qui fait le travail que fait d’habitude l’émotion.
Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit
Miguel de Cervantes, Deuxième partie, chapitre 74. Domaine public, et ni adapté, ni raccourci, ni modernisé en quoi que ce soit.
es mi voluntad que de ciertos dineros que Sancho Panza, a quien en mi locura hice mi escudero, tiene, que, porque ha habido entre él y mí ciertas cuentas, y dares y tomares, quiero que no se le haga cargo dellos, ni se le pida cuenta alguna, sino que si sobrare alguno, después de haberse pagado de lo que le debo, el restante sea suyo, que será bien poco, y buen provecho le haga
c’est ma volonté que, de certaines sommes que détient Sancho Panza, que dans ma folie j’ai fait mon écuyer, et comme il y a eu entre lui et moi certains comptes et des donnés et des reçus, on ne lui en demande rien et on ne lui en réclame aucun compte, mais que s’il reste quelque chose après qu’il se sera payé ce que je lui dois, le reste soit à lui, ce qui sera bien peu, et grand bien lui fasse
La même chose en espagnol d’aujourd’hui
Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.
es mi voluntad que, del dinero que tiene Sancho Panza, a quien en mi locura hice mi escudero, y como ha habido entre él y yo ciertas cuentas y algún dar y tomar, no se le reclame nada ni se le pida ninguna cuenta, sino que, si sobra algo después de haberse cobrado lo que le debo, el resto sea suyo, que será bien poco, y que le aproveche
Ce qui a changé, forme par forme
| Dans le texte | Aujourd’hui | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| Ítem | asimismo | Le mot latin qui ouvre chaque clause séparée d’un testament. Ton notaire écrivait pareil. |
| entre él y mí | entre él y yo | Mí après une préposition. Certains le disent encore et ce n’est pas la norme. |
| dares y tomares | algún dar y tomar | Deux infinitifs transformés en noms pluriels. |
| dellos | de ellos | De plus ellos soudés. Partout dans le livre. |
| si sobrare | si sobra | Futur du subjonctif. Aujourd’hui il ne survit que dans les contrats et les lois. |
| buen provecho le haga | que le aproveche | Toujours dit à table, et ici dit à propos d’argent. |
La syntaxe
Lis la première clause à voix haute et elle ne se referme pas. Elle s’ouvre sur que de ciertos dineros, s’interrompt pour identifier Sancho, s’interrompt encore pour les comptes, puis redémarre avec quiero que. Ce n’est pas Cervantès qui perd le contrôle. C’est le son de la dictée, et le clerc d’un notaire qui écrit sous un mourant produirait exactement ça.
Ce qu’entend un lecteur espagnol
Un testament est le document le plus froid qu’une langue possède, et celui-ci sert à demander pardon. Il appelle sa propre chevalerie une folie, dans un acte juridique, devant témoins, et il s’assure ensuite que l’homme qui l’a suivi garde l’argent. La tendresse est entièrement dans le choix du registre, et il n’y a pas un seul mot affectueux dedans.
Là où le cours t’y prépare
- Que et subjonctif, sans rien devantLeçon 89Le testament d’Alonso Quijano