Niveau C1 · Première partie, chapitre 1
La première phrase de Don Quichotte, mot à mot
L’ouverture la plus citée de la langue espagnole, et presque rien dedans n’est de l’espagnol moderne. Le village n’est pas nommé, l’homme est décrit par ce qu’il possède plutôt que par lui-même, et le verbe principal n’arrive qu’au bout d’une liste de dîners. Cette unité la démonte proposition par proposition.
Le passage, exactement comme Cervantès l’a écrit
Miguel de Cervantes, Première partie, chapitre 1. Domaine public, et ni adapté, ni raccourci, ni modernisé en quoi que ce soit.
En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme, no ha mucho tiempo que vivía un hidalgo de los de lanza en astillero, adarga antigua, rocín flaco y galgo corredor. Una olla de algo más vaca que carnero, salpicón las más noches, duelos y quebrantos los sábados, lantejas los viernes, algún palomino de añadidura los domingos, consumían las tres partes de su hacienda.
Dans un village de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait il n’y a pas longtemps un gentilhomme de ceux qui gardent une lance au râtelier, un vieux bouclier de cuir, un cheval maigre et un lévrier de chasse. Un pot-au-feu avec plus de bœuf que de mouton, de la viande froide la plupart des soirs, des œufs au lard le samedi, des lentilles le vendredi et un pigeon en supplément le dimanche mangeaient les trois quarts de ses revenus.
La même chose en espagnol d’aujourd’hui
Lis les deux côte à côte. Ce qui a changé entre elles, c’est le programme de ce niveau.
En un pueblo de la Mancha, cuyo nombre no quiero recordar, vivía hace poco un hidalgo de los que tienen la lanza en el soporte, un escudo viejo de cuero, un caballo flaco y un galgo de caza. Un cocido con más vaca que cordero, carne fría casi todas las noches, huevos con torreznos los sábados, lentejas los viernes y algún pichón de añadido los domingos se llevaban tres cuartas partes de su patrimonio.
Ce qui a changé, forme par forme
| Dans le texte | Aujourd’hui | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| no ha mucho tiempo | hace poco tiempo | Haber pour le temps écoulé, là où aujourd’hui seul hacer marche. Ton « il y a » recouvre les deux. |
| de cuyo nombre | cuyo nombre | La préposition appartient à acordarme et elle est remontée en tête de la proposition. |
| lanza en astillero | lanza en el soporte | Un astillero était le râtelier fixé au mur où se rangeait la lance. |
| adarga | escudo de cuero | Un bouclier de cuir léger, déjà démodé en 1605. |
| rocín | caballo malo | Une rosse de travail, pas une monture de chevalier. C’est de là que Rossinante tire son nom. |
| salpicón | carne fría picada | Des restes de viande hachés avec de l’oignon et du vinaigre. Le souper des pauvres. |
| duelos y quebrantos | huevos con torreznos | Des œufs au lard. Le nom est une plaisanterie et on en discute encore. |
| lantejas | lentejas | La forme ancienne du mot. |
| las tres partes | las tres cuartas partes | Trois parties sur quatre, et pas trois sur trois. |
La syntaxe
Toute la seconde phrase est une liste sans un seul verbe dedans. Le sujet, c’est cette liste, et le verbe consumían n’apparaît qu’à la toute fin, si bien qu’on ne peut pas savoir ce que font ces dîners avant que la phrase soit presque terminée. L’espagnol le permet encore, et ton français le supporte à peine : c’est pour ça que les traductions réordonnent.
Ce qu’entend un lecteur espagnol
Le refus de nommer le village n’est pas de la modestie. Les chroniques de l’époque s’ouvraient en jurant de leur propre exactitude, et Cervantès ouvre en déclarant qu’il ne se souvient pas. Et le gentilhomme est présenté entièrement par des objets et des repas : à la fin du paragraphe tu sais ce qu’il mange et ce qu’il possède, et toujours pas son nom, que le chapitre retient encore deux pages.
Là où le cours t’y prépare
- SER, dire ce qu’on est. Genre et nombreLeçon 1Le gentilhomme de la Manche